La prison

La prison est un roman dur qui entre directement dans l’action, sans (presque) laisser la météo ou l’ambiance imprégner le déroulement futur. C’est plutôt rare chez Simenon et cela lui donne une puissance que bien d’autres n’ont pas.

Heureusement qu'on frappait à la porte. Ils se levaient tous les trois, le greffier seul restant vissé à sa chaise. Chaton entrait, entre deux gardes qui refermaient la porte au nez des photographes et qui lui retiraient les menottes.
 ─ Vous pouvez attendre dehors.
Ils n'étaient pas à plus de deux mètres l'un de l'autre. Elle portait son tailleur vert pâle, un chemisier à fines broderies et, sur ses cheveux bruns, une curieuse calotte du même tissu que le costume.
 ─ Veuillez vous asseoir.
C'était le juge d'instruction qu'elle avait regardé le premier, puis l'avocat. Enfin, son regard s'était posé sur le visage de son mari.
Il sembla à Alain que plusieurs expressions passaient tour à tour, très vite, dans les yeux de sa femme, d'abord de la surprise, peut-être de le voir les traits durcis, le regard fixe, puis un rien d'ironie, il en était sûr, un rien d'affection aussi, ou de camaraderie..
Elle murmura, avant de saisir le dossier d'une chaise :
 ─ Je m'excuse de t'attirer tous ces ennuis.
Il ne broncha pas, ne trouva rien à dire et s'assit, avec seulement, entre eux, l'avocat qui se tenait en retrait.
La prison de Georges Simenon
Le glauque et le pesant vont arriver pourtant bien rapidement.

Et si la fin ne m’a pas vraiment convaincu, le rythme et les personnages libèrent cette prison pour en faire un petit roman bien enlevé

Tous les romans durs de Simenon
111. La prison
110. La main 112. Il y a encore des noisetiers
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Combien de mois, d’années, faut-il pour faire d’un enfant un adolescent, d’un adolescent un homme ? À quel moment peut-on affirmer que cette mutation a eu lieu ? Il n’existe pas, comme pour les études, de proclamation solennelle, pas de distribution de prix, pas de diplôme. Alain Poitaud, à trente-deux ans, ne mit que quelques heures, peut-être quelques minutes, pour cesser d’être l’homme qu’il avait été jusqu’alors et pour en devenir un autre.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
La police annonce à Alain Poitaud que Jacqueline, sa femme, vient de tirer sur sa propre sœur, Adrienne, et l'a tuée. Pourquoi ? Alain et Jacqueline, mariés depuis sept ans et parents d'un petit garçon qui est élevé dans leur maison de campagne, mènent une vie trépidante : elle, en tant que journaliste, lui, à la tête d'un magazine illustré à gros succès. Leur vie, très mondaine, ne leur laisse guère d'intimité, sans que, apparemment, leur entente en souffre.

Le président

Il y a plusieurs types de romans dur, des polars (plutôt rares), des tranches de vie (généralement sombres et aux problématiques inextricables), des fuites en avant, des familles qui se déchirent et, comme ici, des bilans de vies. Un homme (généralement) qui, au seuil de la mort, se souvient, infatué, de ses glorioles et de ses échecs.

Alors, bordé jusqu'au menton, recroquevillé sur lui-même, dans le silence total, dans une solitude où il n'y aurait plus, pour l'accompagner, que son pouls faiblissant, il s'en irait lentement, sans amertume, un peu mélancolique, et, très vite, libéré de la honte comme de l'orgueil, il réglerait ses derniers comptes.
Je vous demande pardon...
A qui ? Cela n'avait pas d'importance, il l'avait découvert. Il n'y avait pas besoin de nom.
J'ai fait ce que j'ai pu, avec toute l'énergie d'un homme et toutes les faiblesses d'un homme...
Verrait-il autour de lui les visages attentifs de Xavier Malate, de Philippe Chalamont, de son père, d'autres encore, celui d'Eveline Archambault, de Marthe, du chef de gare et de la petite fille au bouquet ?
Je reconnais que cela n'a pas été beau...
Le président de Georges Simenon
Un ex-président (de la France) comprend qu’il n’est bientôt plus et que sa gloire s’estompe en même temps que son influence politique.

Un récit un peu « vieille France », une stature dont nombre de politiques se rêvent certainement en début de carrière avant de goûter à l’ivresse du pouvoir

Tous les romans durs de Simenon
91. Le président
90. Le passage de la ligne 92. Strip-tease
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Il y avait plus d'une heure qu'il ne bougeait pas, assis dans le vieux fauteuil Louis-Philippe au dossier presque droit, au cuir noir usé, qu'il avait traîné pendant quarante ans de ministère en ministère et qui était devenu légendaire.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Dans sa propriété normande des Ebergues, Augustin, ancien président du Conseil, vit désormais retiré, indifférent aux affaires politiques qui ont été sa vie. Cependant, lorsqu'il apprend que son ancien chef de cabinet, Philippe Chalamont, est en passe de former le prochain gouvernement de la France, le vieux lutteur, même s'il n'a plus guère d'illusions sur les hommes et sur les affaires publiques, est tenté d'élever la voix.
Chalamont ─ il le sait, il en détient l'aveu signé ─ n'est pas un homme honorable. Des années plus tôt, il a mis à profit ses fonctions au plus haut niveau de l'Etat pour faire gagner des sommes considérables au père de sa femme...
Commence ainsi un bras de fer secret entre le vieillard et le jeune loup ambitieux, entre fils et père peut-être. Mais un autre affrontement se profile derrière le premier, plus intime et plus décisif : celui qui place Augustin face au temps, à la vieillesse, à l'anéantissement.
Une oeuvre grave, tendue, dépouillée comme une tragédie classique, sur le thème éternel du pouvoir et de ses vanités.

L’homme qui regardait passer les trains

La vie d’un homme explose en un instant. Incapable de faire face, ruiné et se sentant trahi, il fuit, quitte femme et enfants et se dit que lui aussi, « il a le droit ».

Je ne parviens pas à comprendre pourquoi Paméla s'est moquée de moi quand je lui ai dit ce que je voulais. Tant pis pour elle ! Je ne pouvais pas m'en aller ainsi. Maintenant, elle doit avoir compris.
Si encore elle avait souri, ou riposté par une phrase ironique! Si même elle s'était fâchée ! Mais non! Après avoir regardé Kees des pieds à la tête, elle était partie d'un rire qui n'en finissait plus, un rire éclatant, hystérique, qui secouait sa gorge et lui donnait encore plus d'attrait.
 ─ Je vous défends de rire! avait-il prononcé sévèrement.
Mais elle n'en repartait que de plus belle, jusqu'à en avoir des larmes aux yeux, et il lui avait saisi les deux poignets.
 ─ Je ne veux plus que vous riiez !
Violemment, il l'avait poussée vers le lit, où elle était tombée.
L’homme qui regardait passer les trains de Georges Simenon
Et il ne va pas se gêner. Mais trouvera-t-il pour autant le bonheur ou sombrera-t-il ?

Avec Simenon, inutile de préciser que la descente ne sera pas joyeuse

Tous les romans durs de Simenon
26. L’homme qui regardait passer les trains
25. Le Cheval blanc 27. Monsieur la Souris
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
En ce qui concerne personnellement Kees Popinga, on doit admettre qu'à huit heures du soir il était encore temps, puisque, aussi bien, son destin n'était pas fixé. Mais temps de quoi ?


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Kees Popinga est fondé de pouvoir chez un marchand hollandais de fourniture de bateaux à Groningue avec une femme et deux enfants il s'est peu à peu enfoncé dans l'ennui. Un soir son patron lui apprend que son entreprise va déposer son bilan pour faillite frauduleuse. Se voyant ruiné, Kees Popinga voit son petit univers s'effondrer.

Les orphelins : une histoire de Billy the Kid

À son habitude, Eric Vuillard s’empare d’un fait ou d’un personnage historique, gratouille un peu la légende et s’intéresse d’un peu de plus près « à qui profite le crime » .

Après la reddition de Lee, et la fin du Sud, Quantrill continua à battre la campagne dans l'espoir de rançonner quelques soldats perdus et de tuer quelques Noirs. Le 10 mai 1865, une embuscade tourna mal. Touché en pleine poitrine par une balle, puis s'étant
pris un coup de baïonnette dans le derrière, il fut transporté à demi mort à l'hôpital de la prison militaire de Louisville. Là, on lui servit à la cuillère sa soupe de fayots et on lui fit boire chaque matin son café dans une vieille boîte de conserve. Un mois plus tard, il fut emporté par la fièvre. Il fut alors jeté dans une tombe anonyme.
On l'oublia.
Les orphelins : une histoire de Billy the Kid de Éric Vuillard
Inutile de chercher bien loin pour les motivations : l’argent, le pouvoir, les terres ! Et des pauvres types qui règlent les basses besognes et qu’on laisse tomber dès que le temps de la respectabilité est arrivé.Il neigea encore et encore. Il n'y avait à . présent plus de route, plus de repère, plus rien. Seulement du blanc. La poésie morte, les volcans éteints. Le Kid et ses compagnons se replièrent dans les collines, la troupe de Garrett avait repris la traque. La neige s'étalait sur leurs barbes incultes, les gros nez froids, comme s'ils avaient reçu la vérité petit à petit dans le visage.
Billy était couvert de neige, et dès qu'il se tournait vers le soleil, il entendait une voix qui lui parlait, douce, perdue. Ses yeux brillaient dans son petit visage de vieillard, il avait faim, il agitait sa tête en ricanant. Le cuir des cartouchières gelait. Charlie marmonnait, les chevaux soufflaient, la bouche tordue par le blizzard.Histoire de la crédulité au service de la cupidité dans les violentes périodes de la création des États-Unis, de l’accaparation des terres, de la guerre de sécession, de la loi du plus fort, du colt et du dollar.

Une écriture magnifique au service des petites crapules (derrière qui se cachent les grosses)

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
À dix-sept ans, il tua son premier homme. C'est alors que sa vie commence. Les circonstances sont incertaines. Il paraît que l'homme s'appelait Cahill et travaillait comme forgeron à Camp Grant. Le lendemain, le juge de paix fut appelé pour enregistrer par écrit la déposition que voici : « Moi, Frank Cahill, convaincu que je vais mourir, je fais ce dernier témoignage. Mon nom est Frank P. Cahill. Je suis né dans le comté et le village de Galway, Irlande ; hier, 17 août 1877, j'ai eu une dispute avec Henry Antrim, qu'on appelle également le Kid, durant laquelle il m'a tiré dessus. Je l'ai traité de maquereau et il m'a appelé fils de pute ; nous nous sommes alors bagarrés, je ne l'ai pas frappé ; je l'ai vu essayer de prendre son arme et j'ai tenté de la saisir, mais je n'ai pas pu et il m'a tiré dans le ventre. »


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Soudain, le vide se fit en lui. Son petit corps se contracta tout entier, il trembla ; et, à cette minute, il sut qu’il serait toujours seul. Une terrible angoisse lui remonta par le bas du ventre. Il aperçut à contre-jour la gueule de Cahill, la mort lui parut proche, toute proche ! Sur sa joue, il sentit le soleil, son harmonie mortelle, sa beauté. Il eut envie de pleurer. Alors, les visages des soldats, des garçons vachers qui faisaient cercle autour de lui, s’évaporèrent dans le néant. Sa main se faufila jusqu'à l’arme, et il tira.

Trois chambres à Manhattan

Une romance de Simenon, c’est un truc un peu moche, désabusé, terne et résigné. Avec de l’alcool et plus trop d’illusions. Une passion avec de la vaisselle sale dans l’évier, des habits de la veille au pied du lit et les cendriers débordant de cigarettes écrasées.

Était-ce l'alcool qui la poussait à parler de la sorte ? Il y avait des moments où il jugeait froidement :
« C'est la femme de trois heures du matin, celle qui ne peut pas se décider à se coucher, qui a besoin d'entretenir coûte que coûte son excitation, de boire, de fumer, de parler, pour tomber enfin, à bout de nerfs, dans les bras de l'homme. »
Et il ne s'en allait pas! Il n'avait aucune velléité de la quitter. A mesure que sa lucidité grandissait, il se rendait davantage compte que Kay lui était indispensable et il était résigné.
C'était le mot exact. Il était résigné. Il n'aurait pas pu dire à quel moment sa décision avait été prise, mais il était décidé à ne plus lutter, quoi qu'il pût apprendre désormais.
Pourquoi ne se taisait-elle pas ? C'eût été si simple! Il l'aurait entourée de ses bras. Il aurait murmuré :
 ─ Peu importe tout cela, puisqu'on recommence.
Recommencer une vie à zéro. Deux vies. Deux vies à zéro.
De temps en temps, elle s'interrompait :
 ─ Tu ne m'écoutes pas.
 ─ Mais si.
 ─ Tu m'écoutes, mais, en même temps, tu penses à autre chose.
Il pensait à lui, à elle, à tout. Il était lui-même, et spectateur de lui-même. Il l'aimait et il la regardait en juge implacable.
Trois chambres à Manhattan de Georges Simenon
Personne n’y croit vraiment, mais faute de mieux, on se laisse emporter.

Un roman d’amour triste, bien foutu mais guère enthousiasmant

Tous les romans durs de Simenon
55. Trois chambres à Manhattan
54. Les noces de Poitiers 56. Le clan des Ostendais
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Il s'était relevé brusquement, excédé, à trois heures du matin, s'était rhabillé, avait failli sortir sans cravate, en pantoufles, le col du pardessus relevé, comme certaines gens qui promènent leur chien le soir ou le matin de bonne heure. Puis, une fois dans la cour de cette maison qu'il ne parvenait pas, après deux mois, à considérer comme une vraie maison, il s'était aperçu, en levant machinalement la tête, qu'il avait oublié d'éteindre sa lumière, mais il n'avait pas eu le courage de remonter.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Lorsqu'ils se rencontrent au milieu de la nuit dans un bar de Manhattan, Kay et Franck sont deux êtres à la dérive. Lui, acteur naguère célèbre, proche de la cinquantaine, tente d'oublier que sa femme l'a quitté pour un homme plus jeune. Elle, chassée de la chambre qu'elle partageait avec une amie, n'a plus même un endroit pour dormir... Mais si l'attirance entre eux est réciproque, peut-elle suffire à leur faire oublier les blessures de la vie? Redoutant de la perdre, jaloux de son passé et des hommes qu'elle a connus, aussi peu sûr d'elle que de lui, Franck sera bien près de saccager cet amour qui est peut-être sa nouvelle chance...
Georges Simenon nous guide au cœur de la grande ville, dans l'ombre de ces deux errants, avec la vérité et l'humanité qui lui ont attaché des millions de lecteurs et lui confèrent une des toutes premières places parmi les romanciers du XXe siècle.

Insomnia

Voilà vraiment le genre de merdouillasse qui a le don de me mettre hors de moi ! Chères éditions du Tripode et cher Olivier : quelle escroquerie !

Car derrière Insomnia se cache en fait Pharmakon, rien de plus ! Si ce n’est une couv’ plus chatoyante, un titre plus accrocheur, un peu plus de petits sous dans vos poches et un peu moins dans les miennes.

Ce livre est paru dans une première édition en grand format sous le titre Pharmakon.
Illustration de couverture
David Nockels
Le Tripode, 2022, pour la première édition
Le Tripode, 2026, pour la présente édition
Franchement, juste une note à l’intérieur !?! Sérieux ?

Voilà bien amer achat ! Je suis fâché

Alors foncez plutôt sur le brillantissime film de Christopher Nolan avec Al Pacino, Robin Williams et Hilary Swank

Trois jours pour la joie

Trois jours pour la joie est le second roman d’Olivier Bruneau et fait partie d’un cycle – entamé avec Insomnia (Pharmakon comme titre original), sur Les Damnés du Capitalisme dans lequel il interroge les dérives très contemporaines de nos sociétés.

Mes proches n'ont pas compris. Pire, ils n'ont jamais essayé de comprendre. Dès l'instant où j'ai décidé de tout plaquer, j'ai été officiellement labellisée folle-à-lier. J'étais en train de prendre la meilleure décision de ma vie, tandis qu'eux ne voyaient que l'impact de cette décision sur la leur. Depuis, on ne m'a jugée digne de voir mes fils qu'un week-end sur deux. Je dois bien avouer qu'ils ne me manquent pas plus que ça. Pourtant j'aime mes fils, ils sont plutôt gentils et de bonne compagnie. Mais ce ne sont clairement pas de futurs Prix Nobel, et puis ils ont hérité de leur père ce je-ne-sais-quoi d'arrogance qui en fait de parfaites têtes à claques. Bien sûr, la situation me rend triste, malgré tout. Mais je devais la provoquer, rompre le lien pour trouver mon chemin vers l'accomplissement. Il ne passait plus par eux, et ils ne l'ont pas accepté. Tant pis pour eux.
Trois jours pour la joie de Olivier Bruneau
Ici, il visite le marché du développement personnel et des gourous qui s’enrichissent avec la détresse humaine.

Un roman, certes très court, mais plutôt bien torché, où Hélène se rend à un séminaire de Jordan avec la ferme intention de reprendre sa vie en main

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Il y a deux ans, j'ai été renversée par le bus 74 de la RATP, sur un passage piéton, place de Clichy. Je fixais mon reflet amorphe dans le pare-brise, le chauffeur a juste eu le temps de piler in extremis.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
À quarante ans passés, Hélène semble tout avoir pour être heureuse. Pourtant, quelque chose cloche dans ce tableau idyllique. Quand elle croise la route de Jordan Stevens, star du développement personnel, elle décide de tout plaquer pour partir en quête du bonheur.
Dépressive et instable, mais poussée par une foi irraisonnée, elle participe avec des centaines d’adeptes à un séminaire de trois jours donné par Jordan. Tandis que les heures passent dans ce ­huis-clos toujours plus étouffant, le vernis de chacun se craquèle et, pour Hélène, la route vers la joie devient de plus en plus incertaine…

Le nègre

Il y a des titres qui font honte aujourd’hui. Pourtant, ils sont les témoins d’une époque (pas si lointaine !) et leur remplacement n’effacera pas l’histoire.

Que serait-il advenu si Théo, par miracle, n'avait pas aperçu le nègre sur la route ?
Nicolas Cadieu jouirait en paix, de moitié avec son frère, d'une des plus grosses fortunes du département.
Seulement, Théo avait vu le nègre. Il n'avait rien dit au brigadier Alfonsi, ni à Gorre, ni enfin à l'inspecteur de la compagnie. Il n'en parlerait à personne et Gédéon, tout malin qu'il soit, ne parviendrait pas à lui tirer les vers du nez.
C'était une affaire entre Cadieu et lui. Pas uniquement un vieux compte à régler avec une crapule, mais un vieux compte à régler avec l'humanité et avec le destin.
« Un jour, je leur montrerai... »
Ils y croyaient si peu, tous tant qu'ils étaient, qu'ils le laissaient dans sa gare sans s'occuper de lui.
Le nègre de Georges Simenon
Derrière ce sale intitulé se trame une histoire de meurtre pour capter un héritage qui risque d’être compromise par un garde barrière bien décidé à prendre une revanche sur la vie.

Une descente dans les tréfonds de la rancœur qui relègue le sort de ce malheureux juste arrivé en train de l’Oubangi en arrière-plan

Tous les romans durs de Simenon
89. Le nègre
88. Le fils 90. Le passage de la ligne
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Un jour je leur montrerai...
Depuis combien d'années se répétait-il ça dans sa tête, quelquefois entre ses dents, surtout le soir, quand son teint devenait violacé et ses gros yeux humides ? Peut-être le pensait-il déjà sur les bancs de l'école, à Versins-Haut, lorsque les Van Straeten, les fermiers, Ferdinand et Emma à la voix criarde, chez qui l'Assistance publique l'avait placé, le traitaient de fainéant et de propre à rien.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Théo n'a pas été choyé par la vie. Il est borgne de naissance, enfant de l'Assistance publique, et aujourd'hui sa femme l'a abandonné. Modeste chef de halte sur la ligne Paris-Calais, il est hanté par un désir : « Un jour, je leur montrerai. » Montrer quoi, et à qui ? Il ne le sait pas lui-même. Le cadavre d'un Noir vient d'être découvert près de la ligne du chemin de fer. Tous s'accordent à dire que, devant descendre à Versins et n'ayant pas remarqué l'arrêt, l'homme a sauté en marche après le départ du train. Mais Théo en sait plus que les autres...

Monsieur La Souris

Ce Monsieur La Souris est un roman dur plutôt atypique tant il ressemble à un Maigret, sans pour autant lui laisser y tenir sa place. On y retrouve pourtant le Quai des Orfèvres, des sandwichs et de la bière, une chansonnette de Lucas et même Lognon, le malgracieux.

La Souris l'épiait. Il connaissait la police. Il connaissait par cœur toutes les histoires que l'on raconte sur les interrogatoires de la P.J. et sur la fameuse chambre des aveux spontanés. Il se demandait si on lui ferait le coup du sandwich et du verre de bière, ou si Lucas essayerait de l'avoir à la chansonnette.
Non seulement il possédait sa théorie sur le bout des doigts, mais il avait été interrogé cent et cent fois, par des gendarmes, quand il faisait les campagnes ─ et ça, c'est le plus mauvais ! ─, par des commissaires de petites villes, par des agents de toutes les sortes, des tristes comme Lognon, des joyeux qui lui envoyaient le coude dans les côtes, par d'autres qui ne font pas de différence entre un homme et un homme et qui vous tendent tout de suite leur blague à tabac...
Monsieur La Souris de Georges Simenon
Alors, roman dur ? Pas vraiment. Maigret ? Pas non plus. Une sorte de petit polar avec un Monsieur La Souris bien encombré par une enveloppe copieusement garnie que bien des personnes recherchent.

Un jeu de piste à Paris où de nombreux protagonistes apparaissent pour un roman de gare un poil brodé

Tous les romans durs de Simenon
27. Monsieur la Souris
26. L’homme qui regardait passer les trains 28. Les rescapés du Télémaque (à lire)
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Il était un peu plus de onze heures douze quand la porte du poste s'ouvrit. Les deux agents cyclistes qui jouaient aux dames levèrent la tête. Le brigadier, qui fumait sa pipe derrière le bureau de bois noir, se redressa aussi mais, avant même de voir le nouvel arrivant, on était renseigné, car une voix familière prononçait :
— Je vous répète de ne pas me bousculer, jeune homme ! Vous ne savez pas à qui vous avez affaire... Tiens ! C'est justement mon brigadier qui est de service !


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Quelle misère que de trouver une fortune dans un portefeuille et de ne pas pouvoir l'utiliser ! Monsieur La Souris est trop connu des services de police pour se le permettre. Tellement connu qu'il finit par attirer l'attention de l'inspecteur Lognon qui le trouve changé et fait de lui, sinon le principal suspect du meurtre étrange d'un financier, du moins le premier témoin d'une affaire gênante pour l'Etat. Car si Monsieur La Souris n'a rien d'un assassin, il semble pourtant en savoir bien plus long qu'il ne le dit...

La disparition d’Odile

Une jeune fille, désœuvrée, déprimée et se sentant délaissée fugue et part pour Paris avec l’intention de s’y suicider. Son frère part à sa recherche. Et voilà, tout est dit.

Alors, pourquoi me questionnes-tu ?
 ─ Parce que j'essaie de la retrouver... Elle a ses défauts, bien entendu... Ce n'est pas une raison pour la laisser commettre un geste irréparable...
 ─ C'est justement ce que j'essaie de te faire comprendre... Elle joue un rôle... Elle a toujours joué un rôle ou un autre... Quand elle a appris que j'allais prendre des leçons d'art décoratif à Vevey, elle a voulu faire la même chose, alors qu'elle n'avait jamais touché un pinceau de sa vie... Deux mois plus tard, elle abandonnait... Il fallait prendre le train de bonne heure et travailler sérieusement, sans fumer...
Tout ce que disait Emilienne était vrai. C'était bien de sa sœur qu'elle parlait mais elle le faisait froidement et le portrait qui s'en dégageait, au fond, n'était pas ressemblant. Il n'y avait aucune sympathie entre les deux femmes.
La disparition d’Odile de Georges Simenon
Il ne se passe pas grand chose, et Simenon tente – un peu laborieusement – de comprendre la psyché d’une jeune fille des années 70

Tous les romans durs de Simenon
116. La disparition d’Odile
115. La cage de verre 117. Les innocents
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Bob s'était levé à sept heures, comme d'habitude. Il n'avait pas besoin d'un réveille-matin. Ils étaient deux dans la maison à avoir leur temps réglé comme un mouvement d'horlogerie.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
A dix-huit ans, lasse d'une famille dont elle se sent totalement incomprise, Odile décide de quitter Lausanne pour Paris. La lettre laissée à son frère indique clairement qu'elle songe au suicide.

Aussitôt, ce dernier gagne la capitale française, inquiet pour cette jeune soeur qu'il sait mal dans sa peau, indifférente à son avenir, déjà blasée d'expériences amoureuses qui ne lui ont rien apporté.

C'est dans le quartier de Saint-Germain que nous retrouvons l'errante Odile, dans cet état où tout peut arriver, les rencontres qui sauvent, aussi bien que le pire...

A travers ce portrait d'une jeune fille, délaissée par une mère indifférente et par un père tout à sa carrière d'écrivain à succès, Georges Simenon montre une fois encore un sens profond de la psychologie, et entrouvre peut-être une porte sur des questionnements secrets et douloureux.