Camiothécaire-biblioneur aux lectures éclectiques. Romans, essais, biographies et autobiographies, récits de voyage, bandes dessinées, nouvelles, chroniques, témoignages… des critiques selon l'humeur
Y a-t-il encore des grizzlys dans le Colorado ? Comme un dernier village d’irréductibles gaulois assiégés de partout mais… sans aucune potion magique à leur disposition pour lutter contre l’envahisseur !Les derniers grizzlys de Rick Bass, traduction de Gérard MeudalComme Tesson avec la panthère des neiges, Rick Bass accompagne des amis à la recherche de traces et indices.
Du nature writing à l’état pur, au milieu des bois sur les flancs des rocheuses, un bol d’air frais teinté de désespoir face à l’inexorable avancée de… nous
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Les étoiles brillent d'un éclat froid dans le ciel d'automne quand je quitte les bois de ma vallée du Yaak, dans le nord du Montana. Je ne suis pas certain que mon vieux camion tiendra jusqu'au sud du Colorado, mais je vais tenter le coup.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Les grizzlys parcourent-ils les montagnes des San Juan, dans le Colorado, où ils sont depuis longtemps considérés comme éteints ?
Sur la foi d'une improbable rumeur, Rick Bass accompagne le légendaire Doug Peacock (héros du mythique Gang de la clef à molette d'Edward Abbey) et son ami le biologiste Dennis Sizemore sur la piste de ces animaux fabuleux, traquant la moindre empreinte de patte ou trace de griffe.
Tandis que s'enchaînent les péripéties, les trois hommes sont de plus en plus hantés par la présence de l'animal insaisissable. Ce grand récit d'aventures à l'écriture intense est aussi une quête initiatique à la recherche de la part de mystère et de sauvagerie qui demeure au plus profond de chacun d'entre nous.
Séparé en trois parties très distinctes, ce monument de la littérature française est… un peu chiant (oui, désolé) mais absolument magnifique, au style inimitable et à la tenue rigoureuse. Impressionnant !
Si la première partie, Combray, est probablement la plus connue, celle des souvenirs d’enfance et ses fameuses madeleines, la seconde, Un amour de Swann, revient dans le passé et s’attache à la passion de Charles Swann pour Odette et m’a semblé la plus intéressante, comme la galerie de photographies d’un amour insidieusement gangrené par la jalousie.A la recherche du temps perdu : Du côté de chez Swann de Marcel ProustLe livre se termine sur une troisième partie, Noms de pays : le nom, beaucoup plus courte autour des voyages et des rêveries.
Une écriture splendide pour des portraits tendres et malicieux
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Longtemps, je me suis couché de bonne heure. Parfois, à peine ma bougie éteinte, mes yeux se fermaient si vite que je n'avais pas le temps de me dire : « Je m'endors. » Et, une demi-heure après, la pensée qu'il était temps de chercher le sommeil m'éveillait ; je voulais poser le volume que je croyais avoir encore dans les mains et souffler ma lumière ; je n'avais pas cessé en dormant de faire des réflexions sur ce que je venais de lire, mais ces réflexions avaient pris un tour un peu particulier ; il me semblait que j'étais moi-même ce dont parlait l'ouvrage : une église, un quatuor, la rivalité de François Ier et de Charles-Quint.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Le Narrateur se souvient de l'enfant qu'il fut. L'attente du baiser maternel du soir, les déjeuners du dimanche chez tante Léonie, les cadeaux de la grand-mère. Il est fasciné par M. Swann, un ami de ses parents, amoureux fou d'une femme qui aime tout le monde sauf lui. Il tombe amoureux de sa fille, Gilberte, qui ne le rendra pas plus heureux. A travers ces scènes de vies ─ intimes ou mondaines, tragiques ou comiques ─ passent des impressions, des parfums, des visions. Des nymphéas à la surface d'une rivière, une madeleine oubliée dans une tasse de thé, des catleyas dans les cheveux d'une femme aimée, une bille d'agate offerte en gage d'amitié... Mais, une fois adulte, comment demeurer cet enfant émerveillé dans un monde que l'on ne reconnait plus, où l'amour est souffrance, où le désir est jalousie, où « le souvenir d'une certaine image n'est que le regret d'un certain instant » ? Réminiscences de l'enfance perdue, roman d'amour impossible, satire de la haute société emprisonnée dans l'éphémère de la mode, mais aussi étude philosophique sur la mémoire involontaire : Du côté de chez Swann est tout cela à la fois.
Qu'est-ce qu'un chef-d'oeuvre ? Un palais du souvenir, aux mille portes d'entrée, où chaque lecteur éprouve une émotion singulière, toujours renouvelée.
Ça tire dans tous les sens, tout le monde se défonce et ça baise pas mal aussi. Il y a des morts par paquets et la police est débordée.Défoncé de Mark Haskell Smith, traduction de Julien GuérifEt en plus, c’est bien drôle et même un poil irrévérencieux !
Un cocktail plus que sympa pour s’envoler dans les vapeurs d’une herbe de qualité… Attention ! Pas n’importe quelle daube : de l’Elephant Crush, gagnant de la Cannabis Cup !
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Une balle peut vraiment foutre votre journée en l'air.
Il sortit de sa maison et pénétra dans le halo de chaleur incandescente. La balle fusa du canon d'un pistolet, jaillit par la vitre ouverte d'un SUV, brûla un trou noir aux contours parfaits dans sa veste (celle qu'il avait achetée dans la friperie de Sunset Boulevard, avec le mot Tigers en lettres orange éclatantes), puis déchiqueta sa chair et enfonça des particules de T-shirt dans sa poitrine.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Miro Basinas, passionné de botanique, cultive ses plants avec amour. Il ne s'agit ni de fleurs ni de fruits et légumes, mais de marijuana.
Comme c'est un artisan doué et consciencieux, il remporta la prestigieuse Cannabis Cup d'Amsterdam, une véritable consécration qui doit lui ouvrir les portes de la gloire. Dès lors, tout ce que l'univers compte de plus défoncé se met en quête de son produit.
Gangsters, mormons, belle Portugaise enceinte, hommes d'affaires douteux : toux n'ont plus d'yeux que pour Miro. Et biens sûr, les ennuis commencent...
Kev nous parle d’Alice, professeure en histoire de l’art devant superviser un doctorant travaillant sur une sculpture de Louise Bourgeois. Mais plus que de l’oeuvre ou de l’artiste, c’est plutôt de la psyché de la professeure dont il est sujet ici. Cumul I de Kev LambertUne femme qui semble fragile dans une société qui se radicalise, pleine de doutes et de culpabilités pas toujours fondées.
Un livre qui s’égare, se retrouve, se disperse et qui m’a perdu parfois
Louise Bourgeois (1911, France – 2010, États-Unis) Cumul I [1968] Cette sculpture hybride témoigne du va-et-vient de Bourgeois entre des pôles opposés : féminin et masculin, ordre et chaos, organique et géométrie. Cumul 1 fait partie d’une série de sculptures en marbre réalisée en Italie. Formées d’excroissances sphériques, leur aspect biomorphique et sensuel peut faire penser à des seins ou à des phallus. Cependant, le titre de l’œuvre fait référence au mot « cumulus » qui désigne la formation de nuages ronds et évoque pour l’artiste quelque chose de paisible. Les formes ovoïdes émergent d’un voile souple et fin dont les multiples plis sont inspirés des drapés baroques du sculpteur Le Bernin (1598-1680), que Bourgeois a pu admirer en Italie.
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) La nuit a ramené sur les rives du matin un crime inconnu. Dans la chambre bleue au fond de l'appartement, Alice est tirée du lit par un son qui résonne contre le bureau, le plancher, la valise ouverte. Une certitude trouble la happe, ses nerfs déclenchent des signaux. Elle déguste la saveur âpre laissée par l'horreur sur la langue.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) La collection (un seul art), créée par Charles Dantzig, est publiée en coédition avec le Centre Pompidou. Durant les cinq ans de fermeture du Centre pour travaux, dix œuvres appartenant aux collections du musée continueront à vivre autrement, sous la plume d’un écrivain. Chacun s’en voit confier une pour en tirer, en écho, en miroir, en communion, une œuvre littéraire. Il n’existe pas de différence fondamentale entre les arts. Tous ne sont que des manières diverses d’abord au sensible et au caché.
Dans Cumul I, Kev Lambert imagine une fiction autour de l’œuvre du même titre de Louise Bourgeois (1911-2010), sculpture hybride de marbre et de bois, dont les formes évoquent aussi bien des phallus que des seins. Et voici donc Alice, qui enseigne l’histoire de l’Art à l’Université, pleine de succès mais tiraillée entre ce qu’elle est et ce qu’elle voudrait être. Ce matin, elle est tracassée par une mauvaise note qu’elle a donnée à un étudiant dont elle a accepté de diriger un travail sur Louise Bourgeois. Cette note la harcèle toute la journée. Elle la met en danger. Elle pense qu’elle manifeste une duplicité en elle. En quoi Alice serait-elle double ? L’angoisse la cerne. Dans le monde violemment opposé aux minorités sexuelles qui vient de se réveiller en rugissant, trouvera-t-elle encore des hormones pour poursuivre son traitement ?
Un bref roman dense, tragique, qui est un éloge de la vulnérabilité.
En commençant cette histoire par la fin, Adeline Dieudonné nous plonge immédiatement dans un malaise qui ne se dissipera pas avant la dernière page tournée… Et bien après encore.Dans la jungle de Adeline DieudonnéCar juste après cette sordide conclusion, commence ce drame que l’on sait inéluctable. Pourtant, les signes sont infimes, la progression insidieuse, et les red-flags ne pourraient sembler évidents qu’à postériori.
Et toute la puissance de ce livre tient dans cette lente progression et dans la faiblesse des signaux.
Une démonstration
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Si le notaire est ému, il n'en laisse rien paraître. Décontraction mesurée, pantalon beige, chemise à carreaux, lunettes à monture légère, la cinquantaine tonique, il descend l'escalier de marbre qui mène à sa salle d'attente la mine affable, concentrée. Il salue d'une poignée de main les deux femmes qui viennent d'entrer, les invite à le suivre.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Une jolie villa dans le Brabant wallon, l’été à la mer, l’hiver au ski, deux enfants : Aurélie et Arnaud se sont construit une vie qui leur ressemble. Pourtant, un soir d’été, Arnaud prend une arme et assassine les siens avant de se suicider.
Adeline Dieudonné rembobine le film de l’histoire de ce couple, du premier regard à la mise en place d’un quotidien bourgeois. À chaque étape, la mécanique prend forme sous nos yeux, insidieuse, inéluctable.
Chronique d’une mise à mort annoncée, ce roman haletant nous entraîne au cœur de la bourgeoisie belge, où il est courant de tutoyer son banquier et où la violence se dissimule derrière les façades de briques blanches.
Tout ça sonne tellement vrai que c’en est fantastiquement tristement drôle !Tous des nuls : imprécis de politique suisse de Frédéric RecrosioAlors certes, Frédéric Recrosio passe totalement sous silence une grosse partie du « pourquoi ça fonctionne quand même » en omettant d’approfondir certains sujets tels que la puissance des banques et les fonds malpropres qui remplissent leurs caves, la cécité volontaire sur tous les sales enrichissements qui proviennent d’autres sols et sous-sols… et bien d’autres compromissions (qui ne sont d’ailleurs pas une exclusive prérogative helvétique), mais passons. Tel n’était pas le sujet.
Ce petit livre est hilarant ! Et tout-e politicien-ne helvète doté-e d’un minimum d’autodérision se doit d’en posséder un exemplaire dans sa bibliothèque
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Alors que la température monte et que le monde s'embrase, près de 200 nations font du mieux qu'elles peuvent pour éviter que demain ne soit pire qu'hier. Dans le lot, il y a les petites qui souffrent de l'être trop, les grandes qui ont le même problème (inverse, donc), celles qui ont un trésor sous la terre, d'autres qui creusent encore - et puis quelques vraies dictatures qui n'ont rien à envier à quelques fausses démocraties.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Aux manettes de la Suisse : de drôles d’amateurs sortis de partout, de nulle part, voire d’un chapeau.
Entre deux conseils, où ils s’annulent dans un compromis qui tient surtout du désaveu, les voilà qui tapinent aux médias et s’y répandent en arguments déglingués, chiffres douteux et fautes de syntaxe folkloriques. À d’autres occasions, on pourra même en voir poser pour la photo, regard perdu, aux côtés des puissants de ce monde.
Pourtant, la Suisse fonctionne – et plutôt bien ! Comment concilier l’approximation manifeste de nos élus et le succès insolent du pays ?
Et si une démocratie atteignait son apogée lorsque ses représentants étaient rendus impuissants ? Un système où le meilleur se nourrit du pire, en somme, et où ne peuvent y gesticuler que des politiciens complètement nuls.
Tel est le postulat de cet imprécis de politique suisse. Au travers d’une compilation d’observations aussi excessives que sentencieuses, il n’a qu’un but : en faire un éloge consterné.
Au travers de brefs chapitres passant d’une protagoniste à l’autre, les petits courages proposent des portraits de femmes en difficulté. Des esquisses légères comme des aquarelles pour des situations qui ne le sont pas vraiment.
Les petits courages de Sabrina Delarue
Des pastels quand-même un peu clairets
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Je m'entends dire : hoho !
Ma voix est comme absorbée par les bruits de la rue.
Ils sont en train d'élaguer les arbres.
Hoho!
Il ne se retourne pas.
Il continue sa marche, de ce petit pas régulier que je connais bien. Je l'observe souvent quand il part de la maison, depuis cette fenêtre.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Il y a Louise, mère constamment débordée, qui a peur de ne pas être à la hauteur. Et Maria, qui se relève, avec sa dignité habituelle, de la maladie. Il y a aussi Iris, qui se demande comment trouver l’amour quand on est infirmière de nuit. Et puis Carmen, qui cherche sa place auprès de ses parents, avec toute la puissance de sa douceur. Enfin il y a Amira, étudiante qui fuit une brillante carrière en enchaînant petits boulots et missions d’intérim.
Cinq femmes, cinq destins reliés par un lien invisible : le roman L’Art de la joie de Goliarda Sapienza.
Dans Les Petits Courages, Sabrina Delarue explore avec humour et tendresse les métamorphoses silencieuses et les luttes intimes qui transforment une vie.
Pas de suspense, ça va mal finir ! Pour autant, difficile de lâcher cette influenceuse pour plusieurs raisons. Premièrement, avec sa construction en chorale, c’est un livre qui va vite, très vite ! Ensuite, parce qui est vite vraissemblable que savoir que cela va mal finir, ne dit pas vraiment tout.L’influenceuse de Joyce Maynard, traduction de Laurence RichardUn thriller sympa au pays des exhibitionnistes du web en quête de followers et de like
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Lors d'une conférence de presse tenue voilà quelques minutes à l'orée des marais de Big Cypress, Rick Pettigill, le chef de la division Homicides du comté de Collier, a annoncé l'arrêt des recherches entreprises dans les dix mille hectares de réserve nationale pour retrouver le corps de Kevin Canner, âgé de vingt-quatre ans, disparu depuis neuf jours du domicile familial, dans le sud de la Floride, alors qu'il était parti marcher dans les marécages.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Tammy et son petit ami Kevin entreprennent un road trip à travers les États-Unis, parfaitement conçu pour des photos, à la poursuite de la gloire sur les réseaux sociaux. Au début, le jeune couple ne compte que quelques centaines d'abonnés, parmi lesquels Roxanne, une fan inconditionnelle de la jeune influenceuse, en qui elle veut voir l'amie qui lui fait défaut dans sa vie. Mais lorsque le corps de Tammy est découvert dans la nature sauvage de l'Utah quelques semaines après le départ, tandis que Kevin reste introuvable, l'aventure prétendument parfaite vire au tragique et devient virale sur Internet.
Les théories les plus folies circulent, les médias s'emballent. Chacun élabore sa propre version de la vérité, et la réalité semble difficile à saisir. Sauf pour Roxanne, qui observait tout de très près, de plus près que quiconque.
Joyce Maynard s'est inspirée de plusieurs affaires criminelles américaines, dont celle de Gabby Petito, retentissante en 2021, pour écrire ce thriller court et percutant. Plaçant le lecteur au cœur d'un monde obsédé par la célébrité numérique, elle le surprend sans cesse tout au long de ce roman d'une ingéniosité remarquable.
Inflorescence explore les difficultés de la transmission mère-fille au travers de quatre générations.Inflorescence de Raluca AntonescuUn livre subtil et sensible où les poisons sont parfois bien enfouis et mettent plusieurs générations à instiller leur venin.
Histoires de femmes blessées en quête d’une guérison, mères de sang ou d’adoption
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Le gouffre
Jura, 1911
Elle coupa à travers bois et pressa le pas. Le plateau s'ouvrit brusquement et la lumière crue l'obligea à plisser les yeux. En baissant la tête, elle traversa un champ parsemé de touffes d'herbes jaunies. Agitées par le vent, elles lui firent penser à des crinières. Elle ralentit, essoufflée. Ce n'était plus très loin.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Jura, 1911. Une femme se désespère d’être à nouveau enceinte et se rend superstitieusement au lieu-dit Le Gouffre du diable pour implorer la fin de sa grossesse. À partir de ce lieu dont la terrifiante et réelle histoire nous est contée et de cette aïeule commune, le roman dresse quatre portraits de femmes ordinaires qui traversent de lourdes épreuves et dont les vies s’entrecroisent, et parfois se déchirent.
Le jardin, comme une trame, relie ces quatre destins. Plates-bandes ordonnées d’un lotissement Levitt ou serre en Argentine mais lieu-miroir qui n’appartient qu’à soi et qui permet la reconstruction.
En tombant sur cette suite du Roitelet dans une librairie, je me suis empressé de l’embarquer pour m’y plonger aussitôt.Herbier du souvenir de Jean-François BeaucheminPourtant, après quelques chapitres, je n’arrivais toujours pas à y retrouver la magie qui m’avait alors emporté. Comme si j’étais passé d’un coup du parfum léger des fleurs des champs à un pot de miel un poil trop sucré.
L’auteur a perdu son frère schizophrène voilà deux ans, il raconte le deuil plein d’une nostalgie heureuse, une tristesse pleine de l’amour pour le frère disparu
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Le soir où mon frère est mort de son inconsolable chagrin, les dernières feuilles se sont un peu inclinées et, dans les arbres, la communauté très tendre des oiseaux a interrompu son chant. Partout, la nature se recueillait, comme cela arrive chaque fois qu'une âme qui a été beaucoup aimée quitte le corps qui l'abritait.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Deux ans après la mort de son frère, qui souffrait de schizophrénie, un homme revisite leur histoire commune au fil de son quotidien. Grâce à l’amour de ses proches – sa femme Livia, leur vieux chat Lennon, la voisine madame Vermeulen –, grâce aussi à l’intarissable splendeur du monde, il réapprend doucement la joie. Son témoignage prend ici la forme d’un herbier, c’est-à-dire d’une collection de souvenirs semés puis recueillis dans la vaste vallée fleurie de sa mémoire, et destinés, comme dans les albums photos, à une certaine immortalité.