La limonade bleue

Un amour psychédélique, une passion hallucinée… Encore une fois, Brigitte Fontaine lâche la bride.

Tu as brillé très loin dans mon cœur, et puis plus près, soulevant les mottes de terre et le mercure lourd et le plomb de la peur et du trouble profond. Tu as voulu tuer mon cœur. Il t'aveuglait. Je t'ai envoyé aux enfers, dans le fond du trou du cul du chien. Tu m'as hanté dans toutes mes chambres et je fuyais. Ils ont alors essayé de me reprendre. J'étais le fantôme du château. J'ai passé à travers les couteaux, j'ai vogué sur les collines, sur la mer froide, grise, encore vivante. Tu vois bien que je suis là. Je t'ai entendu de très loin. Tu me mélangeais à toi parce que je suis tienne, je te souffrirai bientôt, un jour, je sais que tu crois que je t'appartiens, pour jouer le grand jeu, ne me dis rien encore, ne profite pas de ce que ne je sois pas encore bien fermée, je veux être intacte et, peut-être, oh oui, je te donnerai tout, tous les trésors de toutes les chambres, et le vide glacial plein d'étoiles que tu aimes.
La limonade bleue de Brigitte Fontaine
Et Stella et Tony vont se consumer d’une flamme trop intense.

L’histoire d’une passion cinématographique aux couleurs sursaturées

Un peu trop, peut-être

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
A la tienne pépère, dit cordialement au travesti cosmonaute la momie aux beaux yeux du cinématographe. C'est dans un bar un peu suffocant où plane la poussière dorée de fin d'après-midi. Les cocktails sont meurtriers, frappant comme des poignards. La sueur fait briller les fards du jeune monstre et de la diva longue et surfine qui fait glisser en pluie ses bracelets le long de son bras transparent.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
L'histoire fatale de Toni Laos et Stella Maelström.

Les charmeurs de pierres

Lire Brigitte Fontaine, c’est accepter d’entrer dans un univers parallèle, parfois ça passe et à d’autres moments on peut rester coincé dans un vide interstellaire. Mais avec un petit peu de chance, c’est un émerveillement !

De petites fées mâles et femelles apportaient toutes sortes de plats de grès fin emplis de nourritures délicates, ainsi que des pots d'étain de puissantes liqueurs fermentées.
Tous se délectèrent de pêches rôties et farcies de foies de paon bleu, ensuite vinrent les paons eux-mêmes, dans toute leur gloire, entourés de fraises des bois, ensuite des compotes de myrtilles pimentées et du lait de biche finement caillé avec des colliers de groseilles enfilées sur des algues exquises; puis une liqueur verte suivit, flambée et embaumée.
Les charmeurs de pierres de Brigitte Fontaine
Ces charmeurs de pierre nous content un bonheur fantastique aux pays des celtes et des fées, un amour impossible et transcendant, poétique et surréaliste.

Ici, tout est trop, beaucoup trop ! Dans tous les sens pour tous les sens, tout est superlatif. Ripaille, émotions, amour et bonheurs, tout est trop !

Merci Brigitte, vous m’avez régalé

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Salut à toi, peuple neuf, peuple naissant et renaissant, peuple envahisseur de guerre et de paix ; salut ô Peuple Fée, avec tes savoirs verdoyants, tes trésors cachés, tes corps menus retranchés dans les cavernes et les bois pour préserver ta lumière galactique dont le poignard va au fond d'or de l'être infini.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Les charmeurs de pierres « Peuples celte et Fée, vous étiez et vous êtes et vous serez pour jamais le sel de la terre et des jardins jaunes immenses de galaxies sans fin. »

Dans ce roman, celtique et féerique, récit des amours, des aventures, des exploits et des épreuves de Bedjaïa et d'Ivor, Brigitte Fontaine ressuscite, avec vigueur, imagination et poésie, les mythes et les coutumes les plus anciens. Le reste serait trop long à raconter...

Choses que je croyais perdues

Ouvrir un livre de Clémentine Mélois, c’est plonger dans la poésie des instants, du regard, des petites choses qui nous entourent et qu’on avait oublié de regarder. C’est apprendre à rouvrir les yeux, se rappeler, redonner du sens perdu par le quotidien. La poésie de l’instant.

Nous sommes peut-être constitués de poussière d'étoiles, de bactéries diverses et d'eau, mais ce sont les histoires qui font de nous ce que nous sommes. Elles peuplent notre imaginaire, l'habitent, le meublent. Elles y font leur nid. J'imagine que les histoires, comme les souvenirs, planent en permanence autour de nous, invisibles à l'œil nu, comme des ondes radio ou gravitationnelles, comme le signal wifi, ou ces pollens de graminées qu'on ne peut pas voir mais qui sont tout de même là, puisque les yeux me piquent. Parfois, l'une de ces histoires en a assez de voleter dans les airs. Elle s'attache alors à un objet, souvent dérisoire, qui sert de pont entre le visible et l'invisible. En se posant sur un caillou, l'histoire en fait une pierre précieuse. C'est une magie ordinaire qui ne cesse de m'émerveiller.
Choses que je croyais perdues de Clémentine Mélois
Lors du déménagement suite à une séparation, Émilie rempli des cartons et vide l’appartement.

Un gros trésor fait de toutes petites choses, une merveille

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Je voulais te dire : sans le faire exprès, j’ai cassé le verre à moutarde Musclor que tu aimais bien. Le prince sous stéroïdes mal imprimé a perdu sa tête, mais il continue de flatter d’une main distraite l’encolure de son tigre vert de compagnie. Tu avais trouvé ce verre dans un vide-greniers où les gens vendaient pas cher de jolies choses. Après l’avoir regardé longtemps, avec intensité, tu l’avais négocié à deux euros. C’était un souvenir d’enfance et ta joie m’avait attendrie. Ça allait encore entre nous à ce moment-là, enfin je crois.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Seule dans son appartement, une jeune femme emballe ses affaires. Demain, des déménageurs emporteront ces traces fragiles de son existence. Elle pense à l’homme dont elle vient de se séparer, et des histoires surgissent des objets qu’elle manipule. Une assiette au filet d’or, un ensemble H&M couleur poil de chameau, un rouleau de Sopalin : ces témoins d’une vie ordinaire ont autant à raconter qu’un trépidant roman d’aventures...
Que reste-t-il de ce que nous avons vécu ? De quelles légendes sommes-nous faits ? Les grandes amours comme les petits riens, les désillusions et les désirs sont au cœur de ce roman plein de surprises, à la fantaisie incomparable.

Ancolie

Derrière un dessin tout pourritch à l’air enfantin, se cache une bande dessinée franchement rigolote et plutôt pour adultes.

Ancolie de Salome Lahoche, couleurs de Thaïs Guimard
Ancolie est une sorcière qui cache le vide et l’absence de sens de son existence dans la drogue, le sexe et l’alcool… Et c’est OK !

Jusqu’à ce que…

Une bonne marrade féministe et rock’n’roll avec une spéciale dédicace à Michel et Mireille

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Bonsoir.
Un whisky, s'il vous plait !


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Ancolie est une sorcière de 27 ans. Le temps passe 13 fois plus lentement pour elle que pour les humains, alors voilà des siècles qu’elle se traîne de beuveries en aventures sans lendemain à des fêtes peuplées de vampires et de monstres, des rave partys chez les elfes et des afters dans des tavernes. Cette existence alcoolisée, trash et vide de sens est pourtant sur le point de s’arrêter car un événement décisif se prépare : le Congrès annuel du Conseil des sorcières ! Chaque année, les hauts faits des meilleures sorcières y sont récompensés. Sans surprise, Ancolie ne fait jamais partie du lot. Cette année, elle est même convoquée. Pour le Haut Conseil, c’en est trop des déboires d’Ancolie ! Si elle n’accomplit pas un haut fait, elle sera excommuniée et mourra. Ancolie n’avait pas prévu de mourir de sitôt. Qu’à cela ne tienne, elle décide de sauver le monde ! Mais dans une Société inégalitaire, capitaliste et sexiste, elle a du pain sur la planche. Après avoir réfléchi à quelques actions coup de poing, elle se ravise et décide de sortir enfin de sa paresse légendaire. Un soir, une idée de génie – ou de folie – la traverse. Qu’est-ce qui manque le plus dans ce monde, si ce n’est l’empathie ? À force d’écumer les grimoires, notre sorcière tombe enfin sur le parfait sortilège de compassion ! Avec ça, peut-être qu’elle parviendra à sauver le monde, et accessoirement sa peau. Il faut juste que le sort fonctionne…

Un vent de fraîcheur souffle avec Salomé Lahoche qui s’empare de la figure féministe de la sorcière avec aplomb et une bonne dose d’humour pour un récit déjanté. Entre quête initiatique et aventures nocturnes barrées colorisées par Thaïs Guimard, des problématiques modernes comme l’écologie ou les inégalités sont abordées à travers une histoire loufoque ancrée dans un univers singulier où se mêlent fantasy, pop culture et rock’n’roll.

¡Vamos!

Olivia Ruiz continue à explorer les liens familiaux (les siens ?) avec ¡Vamos!

Mon cœur s'est serré parce que tout à coup j'ai imaginé Ennio plus grand, ici, sans moi, avec Fahiza, Mohammed et Aschraff, réunis telle une vraie famille. Je me suis sentie comblée. Ce soir se tissaient les prémices de liens qui traverseraient le temps et les âges. Ici Ennio aurait toujours une porte à laquelle frapper, et derrière celle-ci de belles personnes pour l'accueillir. Avec ou sans moi. Et cette pensée était encore plus apaisante que la Biafine qui recouvrait mes coups de soleil.
Tandis que nous nous dirigeons vers l'hôtel, la voix de Mohammed nous rattrape. Nous faisons volte-face.
 - À demain ! Et toujours j'ai la joie de vivre. Je me lève chaque matin...
 - Et je remercie Allah de protéger ceux qu'il me reste! enchaînons-nous en chœur Ennio et moi, faisant éclater de rire l'assemblée.
¡Vamos! de Olivia Ruiz
Comment transmettre la joie de vivre à son enfant et l’aider à grandir ?

Et c’est chou. Peut-être un poil naïf et mélo avec un peu trop de guimauve, mais touchant et plein d’amour

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Je suis une mauvaise mère. Une mère désespérée. Une mère me direz-vous. J'exerce ce travail auquel aucune école ne prépare, alors qu'il mériterait des études supérieures pour éviter trop de dommages collatéraux.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
D'Orlando à Madrid, du café de Marseillette aux rives du Nil, des poésies déclamées sur le port d'Essaouira aux fêtes endiablées de La Havane, Lola s'est donné un an pour transmettre à son petit garçon Ennio ce que l'école ne pourra jamais lui apprendre mais que peut une mère : l'amour de la vie et de l'autre.

Et si en chemin elle pouvait se retrouver elle-même, leur échappée prendrait tout son sens...

Porté par la plume racée d'Olivia Ruiz, à la fois poétique et puissante, ¡ Vamos ! nous entraîne dans un tourbillon d'émotions et de sensations, de couleurs et de saveurs. Un voyage à l'énergie contagieuse, une ode à la filiation, un roman à fleur de peau.

La piscine municipale : ethnographie sensible d’un commun

Ce petit livre sent bon l’été, la crème solaire et un petit parfum de chlore soutenu vers midi par celui des frites.

La piscine municipale : ethnographie sensible d’un commun de Cornelia Hummel, photos de David Wagnières
Mais qui vient, quand et pour faire quoi ? Cornelia Hummel s’y est intéressée, accompagnée par David Wagnière à l’appareil photo et nous donne ici sa vision de sociologue. Et même un peu plus, tant son regard est tendre et empathique.

Photos de David Wagnières
Un livre comme une plongée dans les souvenirs d’enfance, les glaces à l’eau sur un linge de bain à l’ombre des bouleaux à jouer au UNO avec les copains et les copines du quartier sous le regard des grand-mères feuilletant leur Danielle Steel

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Un grand bassin, un petit bassin, parfois plus ; des arbres, une pelouse ; des vestiaires, une buvette ; des jeux pour enfants, une table de ping-pong. Tout le monde connaît la piscine municipale. Elle est présente dans les imaginaires et les souvenirs, elle évoque les jours d'été et l'insouciance, les longueurs de crawl au petit matin et l'heureuse fatigue des enfants après une journée de baignades. Lieu de mixité sociale et de vivre ensemble, elle se fait pourtant discrète, presque pudique, ses qualités étant rarement dévoilées au grand jour.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Tout le monde la connaît, la piscine municipale : elle est présente dans les imaginaires et les souvenirs d'enfance ; elle s'impose dans la vie de quartier ; elle constitue un support à l'actuel regain de la pratique de la natation. Pourtant, il s'agit d'un lieu banal, parfois méprisé car associé à la culture populaire et aux vacances « sur place ». Elle mène donc une vie discrète, hors des rayons des bibliothèques.

Mais la piscine mérite son livre ! C'est ce constat qui a rassemblé une sociologue et un photographe, qui se sont plongés dans un microcosme au sein duquel te vivre- ensemble s'exerce au quotidien et où se noue, à bas bruit, du lien social. Leur immersion révèle un espace de mixité captivant où les générations se mélangent et où les signes de classement social tombent en même temps que les habits laissés au vestiaire.

À travers un récit mêlant paroles des usagers, photographies et bulles sonores se dévoile le paysage sensible de la piscine : nous suivons les routines et les attachements, au plus près des mouvements de brasse, des sauts et plongeons, des amours adolescentes, des parasols et paréos, des frites et de la crème solaire.

Tuer le vieux

Tuer le vieux commence directement dans le dur, le sordide. Et pourtant, il se permet de monter encore en puissance et les claques succèdent aux claques.

Même après la majorité, même après le délai de prescription, même après la mort du salopard, on se coud les gencives au barbelé, on porte sur nous la honte et la gêne et l'ennui comme des aubes de communiantes, blanches, transparentes, en file indienne pour se faire pardonner nos péchés. La souillure ça pue comme de la viande faisandée, t'as beau te laver les dents il y a un bout qui continue à pourrir, trop loin pour que tu puisses l'attraper.
Tuer le vieux de Daria Marx
Une histoire de grand père abuseur, de déni, de malaise jamais résolu et finalement d’une volonté de justice. Hélas, celle-ci n’est pas toujours à l’écoute (euphémisme grave !).

Il ne reste alors que la vengeance pour espérer l’apaisement.

Un livre rude, violent, habité et qui appelle un salaud, un salaud

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Il était 10 heures du matin, j'avais mis douze réveils qui n'avaient servi à rien, je n'avais pas fermé l'œil de la nuit, j'avais bu six cafés, j'avais fumé toutes mes clopes, c'était l'heure. J'avais pensé longtemps à ce que je devais porter ce jour-là, à la tenue qu'on met pour aller au commissariat. Il n'y a pas de rubrique dans Marie Claire, « 10 conseils vestimentaires pour réussir votre dépôt de plainte », page 34, entre deux pubs illisibles remplies de plages et de nanas à petits seins qui dansent sur un parking.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
« C'est comme si j'avais encore 8 ans dans les yeux des gens, comme si être victime et l'assumer me condamnait au rôle de statue commémorative, on l'admire de loin les premières années, et puis les chiens pissent dessus sans que ça dérange, c'était y a longtemps tout ça. Mon corps comme un monument aux morts d'une petite ville de province, sommé de se faire beau pour les grandes occasions, pour témoigner, pour porter la cause, mais globalement oublié, envahi par la mousse, mausolée. Je refuse la tombe, pour moi, pour la petite fille, pour toutes les autres. »

Elle avait rendez-vous aujourd'hui pour porter plainte contre son grand-père, qui l'a agressée sexuellement durant son enfance, mais il vient d'être annulé. Alors elle décide d'aller tuer le vieux, là, tout de suite. Dans ce train vers le Pays basque, elle échafaude son plan : quand elle sera de nouveau face au vieux, qu'arrivera-t-elle à dire ? Et surtout, à faire ? Avec une écriture qui tempête et cavale, ce premier roman déplie, en une journée, tout un voyage intérieur et physique tendu jusqu'à son dénouement.

Zones à défendre

Il est impressionnant de lire dans cette fiction la même histoire que Florence (sœur jumelle de Béné) raconte dans ses bandes dessinées autobiographiques. Difficile de ne pas y reconnaître les bondieuseries familiales et ce petit bout de forêt en péril ressemble fort au paradisiaque Nagot.

Et la lèpre de la haine en ligne s'abattit sur le monde. Rien ne pouvait endiguer ces débordements d'un bourbier venu des profondeurs de la nature humaine, fosse septique où fermentaient la frustration, la colère, la solitude, la paresse intellectuelle, la bêtise sans fond. Au lieu de transformer leurs déjections intérieures en engrais fertile, les aboyeurs éclaboussaient le web de leurs excréments.
Zones à défendre de Bénédicte Dupré la Tour
Ici, plusieurs zones à défendre se répondent et résonnent dans une brillante construction. Mais dans ce livre de combat, les forces semblent bien inégales.

Un livre magnifique porté par de bien frêles combatant·e·s

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
« Debout, les vrais-vivants. Debout, les cabossés, les hutte-taupistes, les militerre, les rêvilleros, les va-t-en-paix, les têtes cramées, les va-nu-cœur. Debout, les insurgés des marges, les fouisseurs d'espoir. Debout, et ventre à terre, faire flotter les bannières, tirer les haubans, debout. Debout, debout, les vrais-vivants. »


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Après cinq années à l'étranger, Clémence, la trentaine, revient en France. Elle doit piloter la création d'un centre de stockage de déchets dans le village de Saint-Romain. Ce village, elle le connaît bien, malheureusement : c'est celui où vit sa mère, Sylvie, tombée dans le complotisme au moment du Covid. Son frère, Tristan, poète anarchiste, gravite lui aussi dans les marges. Tiraillée entre sa loyauté familiale et sa fidélité à l'entreprise, Clémence devra amadouer Sylvie, rétive à l'idée de convertir quelques arpents de forêt en champ d'ordures, et parer aux incessantes critiques de son frère. Ce trio familial est à l'image d'une société fragmentée où les discours s'affrontent en archipels irréconciliables. Que reste-t-il alors d'une vérité commune ?
Porté par une écriture jouissive, Zones à défendre raconte l'ironie d'un monde désenchanté, mais aussi la poésie des utopies réalisées. Ce roman explore la bataille des récits - complotistes, politiques, intimes - et fait le pari que, en s'assumant comme fiction, la littérature peut encore dire vrai.

Pedigree

Curieusement classé dans les romans durs, Pedigree est en fait une autobiographie (trop) légèrement déguisée de l’enfance de l’auteur. Trop légèrement car il fut alors l’objet de procès de la part des personnes qui s’y reconnurent et qui l’obligèrent à en retravailler le texte (ici, la 3e éd.).

 - Prends tes jouets, Roger. Donne gentiment la main à ton petit cousin.
 - Où va-t-on ?
 - Aux marronniers.
Sa mère prépare le goûter qu'elle glisse dans son filet, avec un travail de crochet. Elle emporte un pliant, une ombrelle mauve.
 - A tout à l'heure, madame Laude. Vous serez gentille de mettre la compote au feu, vers cinq heures. Avec un filet d'eau, n'est-ce pas ?
Elle a beau faire, elle ne parvient pas à chasser l'image de Charles et de ses deux enfants telle qu'elle est imprimée sur sa rétine quand ils gravissaient lentement le Thiers des Grillons. Ils étaient si seuls ! Ils avaient l'air des survivants d'un cataclysme qui aurait dévasté le monde, ne laissant qu'eux sur terre, trois êtres falots, vêtus de noir, errant dans l'immensité indifférente et vide.
Et cependant il n'y a que la maman qui s'en soit allée !
Roger, il faut être gentil, très gentil avec ton cousin. Vois-tu, quand la maman est morte, il n'y a plus rien.
Elle pense à l'hôpital où elle irait si elle écoutait le spécialiste, à Désiré tenant Roger par la main et marchant avec lui le long d'une interminable rue déserte.
Pedigree : texte de la troisième édition (1958) de Georges Simenon
Reconnu comme un chef d’oeuvre de l’auteur, ce livre m’a profondément ennuyé et j’ai dû me faire violence pour en arriver au bout. Enfin !

Premiers souvenirs et premiers émois d’un enfant en Belgique au début du 20e siècle. Sa relation avec sa famille (et sa mère !), les locataires, l’arrivée de la première guerre mondiale et toujours, tout au long, l’argent que l’on compte, qu’on économise sous par sous.

Un livre à réserver aux amateurs de biographies et aux aficionados qui souhaiteraient mieux connaitre l’auteur des Maigret et autres romans durs

Georges Simenon, debout au centre avec ses parents et son frère (Liège, 1909)
Tous les romans durs de Simenon
64. Pedigree
63. La neige était sale 65. Les fantômes du chapelier
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Elle ouvre les yeux et pendant quelques instants, plusieurs secondes, une éternité silencieuse, il n'y a rien de changé en elle, ni dans la cuisine autour d'elle d'ailleurs, ce n'est plus une cuisine, c'est un mélange d'ombres et de reflets pâles, sans consistance ni signification. Les limbes, peut-être ?


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Le 13 février 1903 naît à Liège Roger Mamelin, fils de Désiré, employé d'assurances, et d'Elise Peeters, sans profession. Autour de l'enfant, des oncles et des tantes, des cousins, puis plus tard les pensionnaires auxquels sa mère loue des chambres : tout un monde de personnages avec ses bonheurs et ses malheurs, ses petitesses, ses folies, comme celle de l'oncle Léopold, protecteur de l'anarchiste Marette, coupable d'un attentat...

Puis viennent la guerre, les premiers émois sexuels, la révolte aussi, lorsque le jeune garçon prend conscience de sa pauvreté, en même temps que de la médiocrité du monde qui l'environne. Il s'arrêtera in extremis sur le chemin de la délinquance et du vice, résolu à se construire, ailleurs, une autre existence.

Roman autobiographique, inoubliable tableau d'un Liège de brouillard et de neige, Pedigree est assurément une des œuvres les plus fortes de Georges Simenon, où l'écrivain a livré, à travers un inventaire sans concession de son enfance, les clefs essentielles de son univers romanesque.

Le grand livre des gnomes, tome 3 : Les aéronautes

Dans ce troisième et dernier tome des aventures des gnomes, vont-ils réussir à rejoindre leur vaisseau ?

Longtemps après, quand Masklinn écrivit l'histoire de sa vie, il raconta qu'aucun vol n'était plus rapide, plus haut et plus terrifiant que celui des oies sauvages.
 - Hé là, ça ne va pas! s'étonnèrent les gens. Masklinn, tu nous as déjà dit que l'avion volait si vite qu'il dépassait le son, et si haut qu'il n'était environné de bleu.
Et il répondit :
 - Justement. Il allait si vite qu'on ne savait pas qu'il allait vite; il volait si haut qu'on ne voyait plus qu'il était haut. Ça se passait comme ça, c'est tout. Et le Concorde ressemblait à un objet conçu pour voler. Quand il était par terre, il avait un peu l'air d'être perdu.
Mais les oies, par contre, avaient l'aérodynamisme d'un oreiller de série. Elles ne roulaient pas avant de s'envoler et de se rire des nuages, comme l'avion.
Le grand livre des gnomes, tome 3 : Les aéronautes de Terry Pratchett
Et avec le même humour que dans les précédents, Terry Pratchett s’amuse avec eux pour mieux parler de nous : de nos religions (oui, curieux que cette trilogie ne soit pas bannie des écoles état-uniennes), de nos suivismes, sexismes, conflits et autres « petites humeurs »…
Science : Une façon de comprendre les choses et ensuite de les faire fonctionner. La Science explique ce qui se passe tout le temps autour de nous. La religion aussi, mais la science marche mieux, parce qu'elle trouve des excuses plus crédibles quand elle se trompe. La Science est beaucoup plus répandue qu'on ne le croit en général.
Encyclopédie scientifique pour l'édification des jeunes gnomes curieux, par Angalo de KonfectionDes gnomes semblables à des grenouilles d’Amérique du Sud vivant dans des arbres (des broméliacées, d’où le titre anglais, The Bromeliad) et n’en descendant jamais… qu’imaginent-elles du monde qui les entoure ?

Une trilogie de cosy-fantasy qui ravira les plus jeunes comme les grands avec un premier tome nettement en dessus du lot

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Aéroports : Un endroit où les gens se dépêchent et attendent.
Encyclopédie scientifique pour l'édification des jeunes gnomes curieux, par Angalo de Konfection

Transformez l'œil de votre imagination en objectif photographique.
Voici l'univers, une boule scintillante de galaxies. Il ressemble à un ornement de Noël accroché à un inconcevable sapin.
Repérez une galaxie...
Mise au point


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Décidément, les humains sont incorrigibles. Où que s'installent les gnomes ─ Le Grand Magasin, la carrière abandonnée... ─, on vient les embêter. Pourtant, il reste un espoir : le grand Vaisseau qui les a conduits sur Terre est toujours là, au-dessus du ciel, après quinze cents ans.
L'espace, c'est froid, ça manque d'air et c'est loin, surtout quand on est tout petit. Par chance, il y a en Floride un machin qui peut conduire les gnomes à bon port. Un satellite, ça s'appelle. Il suffit donc d'aller là-bas et de grimper discrètement dans ledit satellite.
Oui, mais c'est où, la Floride ? On y va comment ?
Bah ! Quand on a volé un camion... pourquoi ne pas emprunter ce drôle de camion doté d'un nez pointu et de deux ailes ? Le Concorde, ça s'appelle.
Bon, allez, c'est reparti mon riquiqui, attachez vos ceintures !