Tuer le vieux commence directement dans le dur, le sordide. Et pourtant, il se permet de monter encore en puissance et les claques succèdent aux claques.
Il ne reste alors que la vengeance pour espérer l’apaisement.
Un livre rude, violent, habité et qui appelle un salaud, un salaud
Il était 10 heures du matin, j'avais mis douze réveils qui n'avaient servi à rien, je n'avais pas fermé l'œil de la nuit, j'avais bu six cafés, j'avais fumé toutes mes clopes, c'était l'heure. J'avais pensé longtemps à ce que je devais porter ce jour-là, à la tenue qu'on met pour aller au commissariat. Il n'y a pas de rubrique dans Marie Claire, « 10 conseils vestimentaires pour réussir votre dépôt de plainte », page 34, entre deux pubs illisibles remplies de plages et de nanas à petits seins qui dansent sur un parking.
« C'est comme si j'avais encore 8 ans dans les yeux des gens, comme si être victime et l'assumer me condamnait au rôle de statue commémorative, on l'admire de loin les premières années, et puis les chiens pissent dessus sans que ça dérange, c'était y a longtemps tout ça. Mon corps comme un monument aux morts d'une petite ville de province, sommé de se faire beau pour les grandes occasions, pour témoigner, pour porter la cause, mais globalement oublié, envahi par la mousse, mausolée. Je refuse la tombe, pour moi, pour la petite fille, pour toutes les autres. » Elle avait rendez-vous aujourd'hui pour porter plainte contre son grand-père, qui l'a agressée sexuellement durant son enfance, mais il vient d'être annulé. Alors elle décide d'aller tuer le vieux, là, tout de suite. Dans ce train vers le Pays basque, elle échafaude son plan : quand elle sera de nouveau face au vieux, qu'arrivera-t-elle à dire ? Et surtout, à faire ? Avec une écriture qui tempête et cavale, ce premier roman déplie, en une journée, tout un voyage intérieur et physique tendu jusqu'à son dénouement.

















