Camiothécaire-biblioneur aux lectures éclectiques. Romans, essais, biographies et autobiographies, récits de voyage, bandes dessinées, nouvelles, chroniques, témoignages… des critiques selon l'humeur
American spirit c’est les États-Unis sous Trump I. Un pays s’effaçant sous un vernis MAGA qui cache à peine une absence sidérale de sens commun et où la violence reste le dernier argument (si ce n’est le premier).American spirits de Russell Banks, traduction de Pierre FurlanDrames noirs dans une petite ville dans l’état de New-York, proche de la frontière du Canada.
Trois histoires aux constructions remarquables et aux dénouements sordides, d’une tristesse consternante
Lu après Nous et Le meilleur des mondes, 1984 propose une autre facette des dystopies totalitaristes. Et si, dans Le meilleur des mondes tout le monde semblait béatement heureux, abruti par le sexe et le soma, c’est ici par le contrôle total, la peur et le lavage de cerveau continuel que Big Brother exerce son pouvoir.Mille neuf cent quatre-vingt-quatre de George Orwell, traduction de Célia IzoardUn livre fascinant, plus encore à l’heure de la remontée des fascismes avec leur lots de post-vérité, de violence policières, de la stigmatisation des étrangers et de la traque des sans papiers, du big data, de l’explosion des caméras de surveillance, de la main mise sur les médias par l’extrême droite et, aux États-Unis, des tentatives de contrôle des universités, et des débordements de ICE… et la liste des symptômes est bien plus longue !
Et là… Vous la sentez monter, l’angoisse ?
Une lecture indispensable
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) C'était un jour d'avril froid et lumineux, et les horloges sonnaient 13:00. Winston Smith, le menton rentré dans le cou pour échapper au vent mauvais, franchit rapidement les portes vitrées des demeures de la Victoire, mais pas assez vite pour empêcher un tourbillon de poussière gravillonneuse de s'engouffrer avec lui.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Dans la mégapole d’une superpuissance mondiale, Winston Smith vit, cadenassé dans sa solitude, sous le regard constant du télécran. Employé au ministère de la Vérité, il réécrit quotidiennement les archives de presse pour les rendre conforme avec la ligne officielle du moment. Mais un jour, le petit employé de bureau se rebelle, commence un journal, tombe amoureux et flâne dans les quartiers où vivent les proles, soustraits à la discipline du Parti. Dans ces lieux où subsistent quelques fragments du passé aboli, il va s’engager dans la rébellion…
« Novlangue », « police de la pensée », « Big Brother »… Soixante-dix ans après la publication du roman de George Orwell, les concepts clés de 1984 sont devenus des références essentielles pour comprendre les ressorts totalitaires des sociétés contemporaines. Dans un monde où la télésurveillance s’est généralisée, où la numérisation a donné un élan sans précédent au pouvoir des grandes entreprises et à l’arbitraire des États, où le passé tend à se dissoudre dans l’éternel présent de l’actualité médiatique, le chef-d’œuvre d’Orwell est à redécouvrir dans une nouvelle traduction et une édition critique.
Parue pour la première fois au Québec en 2019 aux éditions de la rue Dorion (Québec), cette nouvelle version corrige les lacunes de la traduction initiale réimprimée à l’identique depuis 1950 (une quarantaine de phrases manquantes, de nombreux contresens) ; et, au contraire de la traduction « moderne » parue en 2018, restitue la dimension philosophique et la fulgurance politique du roman d’Orwell dans les termes que des millions de lecteurs se sont appropriés depuis plus d’un demi-siècle ; tout en rendant hommage à la dimension poétique de cette œuvre pleine d’humour, d’amertume et de nostalgie.
Lu il y a fort longtemps, je me suis replongé dans ce classique avec émerveillement !Le meilleur des mondes de Aldous Huxley, traduction de Jules CastierTant de dérives totalitaires sont décrites ici, avec le consentement béat d’une population soumise chimiquement pour son plus grand bonheur abruti. Un monde ou l’eugénisme et le conditionnement dès la naissance permet à toutes les classes sociales de rester à leurs place, abreuvées de soma et de sexe.
Impressionnant !
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Un bâtiment gris et trapu de trente-quatre étages seulement. Au-dessus de l'entrée principale, les mots : CENTRE D'INCUBATION ET DE CONDITIONNEMENT DE LONDRES-CENTRAL, et, dans un écusson, la devise de l'État mondial : COMMUNAUTÉ, IDENTITÉ, STABILITÉ
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Voici près d'un siècle, dans d'étourdissantes visions, Aldous Huxley imagine une civilisation future jusque dans ses rouages les plus surprenants : un État Mondial, parfaitement hiérarchisé, a cantonné les derniers humains « sauvages » dans des réserves. La culture in vitro des fœtus a engendré le règne des « Alphas », génétiquement déterminés à être l'élite dirigeante. Les castes inférieures, elles, sont conditionnées pour se satisfaire pleinement de leur sort.
Dans cette société où le bonheur est loi, famille, monogamie, sentiments sont bannis. Le meilleur des mondes est possible. Aujourd'hui, il nous paraît même familier...
J’avais lu une fois qu’il fallait pouvoir s’identifier à l’un des personnages pour apprécier un roman. Ici, ce n’est clairement pas le cas, et pourtant, j’ai vraiment beaucoup aimé ce livre.Tony de Rumena Bužarovska, traduction de Chloé BillonCar, quand même, quelle plaie ce Tony ! Égocentrique sans la moindre empathie, ce gros macho n’est rien sans les femmes qui l’entourent et pourtant, il ne voit que lui, ne pense qu’à lui, ne vit que pour lui !
Impressionnant.
Une grosse réussite que ce portrait d’un gros cradingue repoussant
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) L'estomac de Tony criait famine. L'heure du déjeuner était passée depuis longtemps, mais sa copine et son enfant barbotaient encore dans la mer, chaude comme de l'urine. Chaque fois qu'il l'appelait publiquement sa copine, il lui semblait sentir un fil claquer dans son cerveau, lui signifiant que Tamara ne pouvait en aucun cas être sa copine à son âge. Mais il l'appelait intentionnellement ainsi sa copine. Ça donnait l'impression qu'ils étaient jeunes tous les deux.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Tony, la cinquantaine, est persuadé d’abriter une âme de rock star dans un corps de rêve, en dépit de son régime alimentaire essentiellement composé de kebabs et de bières. Lorsqu’il revient habiter chez sa mère, il ne s’estime pas une seconde responsable du désastre qu’est sa vie privée : n’est-il pas bien plus simple de se croire victime des événements et des autres ?
Après deux recueils de nouvelles très remarqués, Rumena Bužarovska imagine dans ce premier roman décapant un antihéros à la médiocrité abyssale qui nous scandalise autant qu’il nous amuse. Réflexion féroce sur les représentations masculines et sur nos responsabilités individuelles comme collectives, Tony entrelace critique sociale et humour ravageur avec un brio irrésistible.
Histoire d’hommes, d’honneur et de guerre, de trahison et de raison d’état, de manigances et de cruauté.Hadji Mourat de Léon Tolstoï, traduction de Jean Fontenoy et Brice ParainAu travers d’Hadji Mourat se dessine une fresque qui dépasse les hommes qui la composent, un bien triste tableau ou les figurants sont interchangeables.
Une peinture, un peu vieillotte quand même, qui ressemble quand même fort à un tableau d’aujourd’hui. Bien triste est le sort des hommes d’honneur lorsqu’ils sont devenus inutiles
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) C'était à la fin de l'année 1851. Par un soir froid de novembre, Hadji Mourat arriva dans l'aoul de Mahket, village rebelle de Tchétchénie, enfumé par l'argol.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Hadji Mourat est un chef caucasien dont Tolstoï a fait le héros d'une ultime grande œuvre. Malgré ses dimensions modestes, elle nous présente un vaste et saisissant tableau de la « guerre de pacification » du Caucase, à laquelle le romancier avait lui-même pris part un demi-siècle plus tôt et dont il avait rapporté Les Cosaques. Le choix d'un tel personnage est profondément révélateur : sa mort héroïque en fait un symbole de la vie même dans ce qu'elle a de plus irréductible.
Ce récit, que Tolstoï n'a cessé de récrire pour le rendre parfait, n'a rien perdu de son actualité : il permet de déchiffrer la cruelle histoire contemporaine.
À sa lecture, on comprend vite que ce Nous ait inspiré 1984. Une ville de verre où tout le monde voit tout le monde et ou le bonheur est prescrit sous l’œil du « Bienfaiteur »… De nombreux ingrédients sont là.Nous de Evgueni Zamiatine, traduction de Hélène HenryUne origine russe, donc ; datant des années 20. Les humains y sont des numéros et rien n’existe derrière la grande barrière. Rien vraiment ?
Un livre qui pose une grande question : heureux sont-ils vraiment, les simples d’esprit ?
Une œuvre majeure et fondatrice de la grande veine des dystopies qui n’a, ma foi, pas trop trop mal vieilli
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Je ne fais ici que recopier - mot pour mot - ce que publie aujourd'hui le Journal officiel :
Dans cent vingt jours, la construction de l'INTÉGRALE sera achevée.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Dans une société assujettie au bonheur infaillible et obligatoire, alors que la « dernière » de toutes les révolutions possibles a eu lieu, les hommes, enfermés sous une cité de verre, sont devenus des « Numéros ». Ceux-ci paient de leur vie le moindre écart à l’ordre établi contre lequel, malgré tout, une poignée de dissidents va s’insurger.
D-503, constructeur de l'« Intégrale », un vaisseau spatial qui a pour mission de ranger les civilisations extraterrestres sous la férule du « Bienfaiteur », y tient un journal à la gloire de ce monde aseptisé et y consigne les débuts d’une insurrection qui va peu à peu le transformer.
Anti-utopie prophétique qui anticipe toutes les glaciations du XXe siècle, « Nous » est considéré comme le premier chef-d’œuvre de science-fiction, celui qui inspirera « 1984 » de George Orwell et « Le Meilleur des mondes » d’Aldous Huxley. Cette nouvelle traduction, la première à être fidèle à l’original, vise à faire entendre, dans les mots, cet appel tragique : on a toujours raison de se révolter.
Trouvé dans une liste des livres qui ont participé à l’inspiration (ou à la veine) de 1984, je suis tombé sur ce titre de SF plutôt cocasse.Il est difficile d’être un dieu de Arkadi Strougatski et Boris Strougatski, traduction de Bernadette Du CrestCocasse principalement parce qu’il a quand même pas mal vieilli (il date de 1964) et qu’ici, les héros de l’espace ne viennent pas de New-York ou Philadelphie, mais sont russes !
Sur terre les humains sont devenus gentils et, en bon voyageurs de l’espace bien condescendants, ils tentent d’aider les peuples arriérés d’autres planètes à sortir de leurs totalitarismes théocratiques révoltants.
Un livre historiquement intéressant mais aux ficelles un peu épaisses
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) L'arbalète d'Anka était équipée d'un fût en matière plastique noire, d'une corde d'acier chromé, et un seul mouvement de son levier coulissant suffisait à la bander. Anton n'aimait pas les nouveautés, il utilisait un bon vieil engin du même modèle que celui du maréchal Totz, premier roi d'Arkanar : bardé de cuivre, avec un moulinet sur lequel s'enroulait une corde de boyau. Pachka, lui, avait pris une carabine à air comprimé. Paresseux et peu doué pour les travaux manuels, il considérait les arbalètes comme des armes préhistoriques.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) La planète Arkanar ploie sous la férule du tyrannique ministre de la Sûreté. Cette société semi-féodale qui persécute ses intellectuels, évoquant à la fois l'Espagne de l'Inquisition, l'Allemagne nazie et la Russie stalinienne, intéresse au plus haut point l'Institut d'histoire expérimentale de la Terre qui, elle, est peuplée depuis longtemps d'humanistes tout-puissants que l'on considère volontiers comme des dieux. Doivent-ils intervenir pour miner le fascisme, ébranler l'obscurantisme? Bien sûr que non! L'Histoire doit suivre son cours naturel. Mais le jeune Roumata va avoir bien du mal à l'accepter, alors qu'il sait combien il est dangereux, pour un dieu, de se mêler de la misère des mortels.
Un amour psychédélique, une passion hallucinée… Encore une fois, Brigitte Fontaine lâche la bride.La limonade bleue de Brigitte FontaineEt Stella et Tony vont se consumer d’une flamme trop intense.
L’histoire d’une passion cinématographique aux couleurs sursaturées
Un peu trop, peut-être
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) A la tienne pépère, dit cordialement au travesti cosmonaute la momie aux beaux yeux du cinématographe. C'est dans un bar un peu suffocant où plane la poussière dorée de fin d'après-midi. Les cocktails sont meurtriers, frappant comme des poignards. La sueur fait briller les fards du jeune monstre et de la diva longue et surfine qui fait glisser en pluie ses bracelets le long de son bras transparent.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) L'histoire fatale de Toni Laos et Stella Maelström.
Lire Brigitte Fontaine, c’est accepter d’entrer dans un univers parallèle, parfois ça passe et à d’autres moments on peut rester coincé dans un vide interstellaire. Mais avec un petit peu de chance, c’est un émerveillement !Les charmeurs de pierres de Brigitte FontaineCes charmeurs de pierre nous content un bonheur fantastique aux pays des celtes et des fées, un amour impossible et transcendant, poétique et surréaliste.
Ici, tout est trop, beaucoup trop ! Dans tous les sens pour tous les sens, tout est superlatif. Ripaille, émotions, amour et bonheurs, tout est trop !
Merci Brigitte, vous m’avez régalé
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Salut à toi, peuple neuf, peuple naissant et renaissant, peuple envahisseur de guerre et de paix ; salut ô Peuple Fée, avec tes savoirs verdoyants, tes trésors cachés, tes corps menus retranchés dans les cavernes et les bois pour préserver ta lumière galactique dont le poignard va au fond d'or de l'être infini.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Les charmeurs de pierres « Peuples celte et Fée, vous étiez et vous êtes et vous serez pour jamais le sel de la terre et des jardins jaunes immenses de galaxies sans fin. »
Dans ce roman, celtique et féerique, récit des amours, des aventures, des exploits et des épreuves de Bedjaïa et d'Ivor, Brigitte Fontaine ressuscite, avec vigueur, imagination et poésie, les mythes et les coutumes les plus anciens. Le reste serait trop long à raconter...
Ouvrir un livre de Clémentine Mélois, c’est plonger dans la poésie des instants, du regard, des petites choses qui nous entourent et qu’on avait oublié de regarder. C’est apprendre à rouvrir les yeux, se rappeler, redonner du sens perdu par le quotidien. La poésie de l’instant.Choses que je croyais perdues de Clémentine MéloisLors du déménagement suite à une séparation, Émilie rempli des cartons et vide l’appartement.
Un gros trésor fait de toutes petites choses, une merveille
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente) Je voulais te dire : sans le faire exprès, j’ai cassé le verre à moutarde Musclor que tu aimais bien. Le prince sous stéroïdes mal imprimé a perdu sa tête, mais il continue de flatter d’une main distraite l’encolure de son tigre vert de compagnie. Tu avais trouvé ce verre dans un vide-greniers où les gens vendaient pas cher de jolies choses. Après l’avoir regardé longtemps, avec intensité, tu l’avais négocié à deux euros. C’était un souvenir d’enfance et ta joie m’avait attendrie. Ça allait encore entre nous à ce moment-là, enfin je crois.
4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc) Seule dans son appartement, une jeune femme emballe ses affaires. Demain, des déménageurs emporteront ces traces fragiles de son existence. Elle pense à l’homme dont elle vient de se séparer, et des histoires surgissent des objets qu’elle manipule. Une assiette au filet d’or, un ensemble H&M couleur poil de chameau, un rouleau de Sopalin : ces témoins d’une vie ordinaire ont autant à raconter qu’un trépidant roman d’aventures...
Que reste-t-il de ce que nous avons vécu ? De quelles légendes sommes-nous faits ? Les grandes amours comme les petits riens, les désillusions et les désirs sont au cœur de ce roman plein de surprises, à la fantaisie incomparable.