Défoncé

Ça tire dans tous les sens, tout le monde se défonce et ça baise pas mal aussi. Il y a des morts par paquets et la police est débordée.

Il n'y eut pas de lumière blanche au bout du tunnel, ni d'embrassades chaleureuses avec ses lointains ancêtres, ou de vol spectral au-dessus des médecins qui s'activaient pour raccommoder son corps endommagé. En matière d'expérience de mort imminente, celle de Miro fut plutôt décevante.
Mais ce ne fut pas non plus une partie de plaisir. Il faillit y rester plus d'une fois : sa pression sanguine chuta et les médecins se mirent à hurler une suite de codes désignant solutions, médicaments et autres merveilles médicales toujours suivies du mot « stat ». Puis ils choquèrent son cœur avec des défibrillateurs. Persuadés d'être dans une série télé, les jeunes médecins frottaient leurs palettes en hurlant : « clear ! ». Ça leur donnait sans doute l'impression d'être des superhéros.
Défoncé de Mark Haskell Smith, traduction de Julien Guérif
Et en plus, c’est bien drôle et même un poil irrévérencieux !

Un cocktail plus que sympa pour s’envoler dans les vapeurs d’une herbe de qualité… Attention ! Pas n’importe quelle daube : de l’Elephant Crush, gagnant de la Cannabis Cup !

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Une balle peut vraiment foutre votre journée en l'air.
Il sortit de sa maison et pénétra dans le halo de chaleur incandescente. La balle fusa du canon d'un pistolet, jaillit par la vitre ouverte d'un SUV, brûla un trou noir aux contours parfaits dans sa veste (celle qu'il avait achetée dans la friperie de Sunset Boulevard, avec le mot Tigers en lettres orange éclatantes), puis déchiqueta sa chair et enfonça des particules de T-shirt dans sa poitrine.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Miro Basinas, passionné de botanique, cultive ses plants avec amour. Il ne s'agit ni de fleurs ni de fruits et légumes, mais de marijuana.

Comme c'est un artisan doué et consciencieux, il remporta la prestigieuse Cannabis Cup d'Amsterdam, une véritable consécration qui doit lui ouvrir les portes de la gloire. Dès lors, tout ce que l'univers compte de plus défoncé se met en quête de son produit.

Gangsters, mormons, belle Portugaise enceinte, hommes d'affaires douteux : toux n'ont plus d'yeux que pour Miro. Et biens sûr, les ennuis commencent...

Cumul I

Kev nous parle d’Alice, professeure en histoire de l’art devant superviser un doctorant travaillant sur une sculpture de Louise Bourgeois. Mais plus que de l’oeuvre ou de l’artiste, c’est plutôt de la psyché de la professeure dont il est sujet ici.

Il importe de transmettre ce qu'il y a de plus exigeant, de plus déroutant dans la pensée. On parle ici de son métier. Étudier nous déplace. Alice le pense, le répète devant le groupe.
Il n'est pas rare que les étudiants, les garçons sur-tout, se sentent visés par le savoir, mis en accusation par des textes philosophiques à maîtriser. Leurs réponses aux examens, la manière butée, agressive dont le féminisme les affecte en dit beaucoup.
Le féminisme, la pensée queer ne sont pas les champs d'expertise d'Alice. Ses collègues n'aiment pas jongler avec des thématiques jugées délicates ou marginales. Le travail des femmes en art ne les intéresse pas bien qu'ils connaissent quelques noms, utiles pour équilibrer les plans de cours.
Cumul I de Kev Lambert
Une femme qui semble fragile dans une société qui se radicalise, pleine de doutes et de culpabilités pas toujours fondées.

Un livre qui s’égare, se retrouve, se disperse et qui m’a perdu parfois

Louise Bourgeois (1911, France – 2010, États-Unis)
Cumul I [1968]
Cette sculpture hybride témoigne du va-et-vient de Bourgeois entre des pôles opposés : féminin et masculin, ordre et chaos, organique et géométrie.
Cumul 1 fait partie d’une série de sculptures en marbre réalisée en Italie. Formées d’excroissances sphériques, leur aspect biomorphique et sensuel peut faire penser à des seins ou à des phallus. Cependant, le titre de l’œuvre fait référence au mot « cumulus » qui désigne la formation de nuages ronds et évoque pour l’artiste quelque chose de paisible. Les formes ovoïdes émergent d’un voile souple et fin dont les multiples plis sont inspirés des drapés baroques du sculpteur Le Bernin (1598-1680), que Bourgeois a pu admirer en Italie.
Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
La nuit a ramené sur les rives du matin un crime inconnu. Dans la chambre bleue au fond de l'appartement, Alice est tirée du lit par un son qui résonne contre le bureau, le plancher, la valise ouverte. Une certitude trouble la happe, ses nerfs déclenchent des signaux. Elle déguste la saveur âpre laissée par l'horreur sur la langue.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
La collection (un seul art), créée par Charles Dantzig, est publiée en coédition avec le Centre Pompidou. Durant les cinq ans de fermeture du Centre pour travaux, dix œuvres appartenant aux collections du musée continueront à vivre autrement, sous la plume d’un écrivain. Chacun s’en voit confier une pour en tirer, en écho, en miroir, en communion, une œuvre littéraire. Il n’existe pas de différence fondamentale entre les arts. Tous ne sont que des manières diverses d’abord au sensible et au caché.

Dans Cumul I, Kev Lambert imagine une fiction autour de l’œuvre du même titre de Louise Bourgeois (1911-2010), sculpture hybride de marbre et de bois, dont les formes évoquent aussi bien des phallus que des seins. Et voici donc Alice, qui enseigne l’histoire de l’Art à l’Université, pleine de succès mais tiraillée entre ce qu’elle est et ce qu’elle voudrait être. Ce matin, elle est tracassée par une mauvaise note qu’elle a donnée à un étudiant dont elle a accepté de diriger un travail sur Louise Bourgeois. Cette note la harcèle toute la journée. Elle la met en danger. Elle pense qu’elle manifeste une duplicité en elle. En quoi Alice serait-elle double ? L’angoisse la cerne. Dans le monde violemment opposé aux minorités sexuelles qui vient de se réveiller en rugissant, trouvera-t-elle encore des hormones pour poursuivre son traitement ?

Un bref roman dense, tragique, qui est un éloge de la vulnérabilité.

Dans la jungle

En commençant cette histoire par la fin, Adeline Dieudonné nous plonge immédiatement dans un malaise qui ne se dissipera pas avant la dernière page tournée… Et bien après encore.

Rares sont les circonstances qui nous permettent de savoir, à l'instant où on prend son petit déjeuner, que ce sera le dernier. Qu'après cette bouchée de pain beurré, on n'avalera plus rien, que plus un seul aliment ne passera par notre œsophage, ne sera dissous par notre estomac, digéré par nos intestins. Que toutes ces fonctions que notre corps a exercées pendant des décennies sans qu'on y pense vont s'interrompre sans préavis.
Ce matin-là, Yves mangea une orange, quelques tranches d'avocat sur un toast et un café allongé sans sucre.
Dans la jungle de Adeline Dieudonné
Car juste après cette sordide conclusion, commence ce drame que l’on sait inéluctable. Pourtant, les signes sont infimes, la progression insidieuse, et les red-flags ne pourraient sembler évidents qu’à postériori.

Et toute la puissance de ce livre tient dans cette lente progression et dans la faiblesse des signaux.

Une démonstration

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Si le notaire est ému, il n'en laisse rien paraître. Décontraction mesurée, pantalon beige, chemise à carreaux, lunettes à monture légère, la cinquantaine tonique, il descend l'escalier de marbre qui mène à sa salle d'attente la mine affable, concentrée. Il salue d'une poignée de main les deux femmes qui viennent d'entrer, les invite à le suivre.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Une jolie villa dans le Brabant wallon, l’été à la mer, l’hiver au ski, deux enfants : Aurélie et Arnaud se sont construit une vie qui leur ressemble. Pourtant, un soir d’été, Arnaud prend une arme et assassine les siens avant de se suicider.

Adeline Dieudonné rembobine le film de l’histoire de ce couple, du premier regard à la mise en place d’un quotidien bourgeois. À chaque étape, la mécanique prend forme sous nos yeux, insidieuse, inéluctable.

Chronique d’une mise à mort annoncée, ce roman haletant nous entraîne au cœur de la bourgeoisie belge, où il est courant de tutoyer son banquier et où la violence se dissimule derrière les façades de briques blanches.

Tous des nuls : imprécis de politique suisse

Tout ça sonne tellement vrai que c’en est fantastiquement tristement drôle !

Dans le système politique suisse, personne ne peut jamais décider de quoi que ce soit tout seul (chaque mot est important).
Effectivement, toute décision en Suisse, de la plus cruciale à la plus insignifiante, est prise, invariablement, par un groupe. Au plus petit niveau, un conseil communal composé au minimum de trois nuls se querelle pour savoir si la poubelle doit être installée à gauche ou à droite du banc public. Au plus élevé, les sept nuls de l'exécutif fédéral s'empoignent avec la même intensité sur l'éventualité d'une guerre à l'Est que sur le quota de poisson pour les phoques du zoo de Bâle. Entre les deux, les gouvernements cantonaux, composés de trois à sept nuls, se disputent sur quels terrains loin de tout (surtout de chez eux) repousser les Roms.
Tous des nuls : imprécis de politique suisse de Frédéric Recrosio
Alors certes, Frédéric Recrosio passe totalement sous silence une grosse partie du « pourquoi ça fonctionne quand même » en omettant d’approfondir certains sujets tels que la puissance des banques et les fonds malpropres qui remplissent leurs caves, la cécité volontaire sur tous les sales enrichissements qui proviennent d’autres sols et sous-sols… et bien d’autres compromissions (qui ne sont d’ailleurs pas une exclusive prérogative helvétique), mais passons. Tel n’était pas le sujet.

Ce petit livre est hilarant ! Et tout-e politicien-ne helvète doté-e d’un minimum d’autodérision se doit d’en posséder un exemplaire dans sa bibliothèque

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Alors que la température monte et que le monde s'embrase, près de 200 nations font du mieux qu'elles peuvent pour éviter que demain ne soit pire qu'hier. Dans le lot, il y a les petites qui souffrent de l'être trop, les grandes qui ont le même problème (inverse, donc), celles qui ont un trésor sous la terre, d'autres qui creusent encore - et puis quelques vraies dictatures qui n'ont rien à envier à quelques fausses démocraties.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Aux manettes de la Suisse : de drôles d’amateurs sortis de partout, de nulle part, voire d’un chapeau.

Entre deux conseils, où ils s’annulent dans un compromis qui tient surtout du désaveu, les voilà qui tapinent aux médias et s’y répandent en arguments déglingués, chiffres douteux et fautes de syntaxe folkloriques. À d’autres occasions, on pourra même en voir poser pour la photo, regard perdu, aux côtés des puissants de ce monde.

Pourtant, la Suisse fonctionne – et plutôt bien ! Comment concilier l’approximation manifeste de nos élus et le succès insolent du pays ?

Et si une démocratie atteignait son apogée lorsque ses représentants étaient rendus impuissants ? Un système où le meilleur se nourrit du pire, en somme, et où ne peuvent y gesticuler que des politiciens complètement nuls.

Tel est le postulat de cet imprécis de politique suisse. Au travers d’une compilation d’observations aussi excessives que sentencieuses, il n’a qu’un but : en faire un éloge consterné.

Les petits courages

Burn-out, maladie, stress, perte de sens…

Au travers de brefs chapitres passant d’une protagoniste à l’autre, les petits courages proposent des portraits de femmes en difficulté. Des esquisses légères comme des aquarelles pour des situations qui ne le sont pas vraiment.

 ─ Et comme ça tu vas me raconter tes options pour l'année prochaine Carmen. Et moi j'ai eu une révélation à l'hôpital. Je crois que moi aussi je vais me réorienter.
 ─ Tu ne vas plus coiffer des gens Maman?
 ─ Si, mais plus dans un salon.
Carmen ouvre les yeux comme des billes.
 ─ Ouhla y a de l'actu.
 ─ Et ta patronne Maman ?
Louise répond en chantant :
 ─ Ma patronne... est une conne...
Antoine fronce les sourcils, absolument outré :
 ─ Maman, un gros mot égale un euro dans le pot !
 ─ Je le mettrai mon chéri. Allez, apéro.
Les petits courages de Sabrina Delarue

Des pastels quand-même un peu clairets

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Je m'entends dire : hoho !
Ma voix est comme absorbée par les bruits de la rue.
Ils sont en train d'élaguer les arbres.
Hoho!
Il ne se retourne pas.
Il continue sa marche, de ce petit pas régulier que je connais bien. Je l'observe souvent quand il part de la maison, depuis cette fenêtre.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Il y a Louise, mère constamment débordée, qui a peur de ne pas être à la hauteur. Et Maria, qui se relève, avec sa dignité habituelle, de la maladie. Il y a aussi Iris, qui se demande comment trouver l’amour quand on est infirmière de nuit. Et puis Carmen, qui cherche sa place auprès de ses parents, avec toute la puissance de sa douceur. Enfin il y a Amira, étudiante qui fuit une brillante carrière en enchaînant petits boulots et missions d’intérim.

Cinq femmes, cinq destins reliés par un lien invisible : le roman L’Art de la joie de Goliarda Sapienza.

Dans Les Petits Courages, Sabrina Delarue explore avec humour et tendresse les métamorphoses silencieuses et les luttes intimes qui transforment une vie.

L’influenceuse

Pas de suspense, ça va mal finir ! Pour autant, difficile de lâcher cette influenceuse pour plusieurs raisons. Premièrement, avec sa construction en chorale, c’est un livre qui va vite, très vite ! Ensuite, parce qui est vite vraissemblable que savoir que cela va mal finir, ne dit pas vraiment tout.

« Tu sais, parfois, tu réagis de façon vraiment pas sympa, Tammy a ajouté. Je sais que ce n'est pas toi. Mais dans ces moments-là, comme maintenant, j'avoue que je ne ressens pas beaucoup d'affection pour toi. »
Si j'avais été chez moi, j'aurais allumé la télé, pris une bière fraîche dans le frigo et regardé un match. Là, j'ai juste mis mes écouteurs et serré le volant.
L’influenceuse de Joyce Maynard, traduction de Laurence Richard
Un thriller sympa au pays des exhibitionnistes du web en quête de followers et de like

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Lors d'une conférence de presse tenue voilà quelques minutes à l'orée des marais de Big Cypress, Rick Pettigill, le chef de la division Homicides du comté de Collier, a annoncé l'arrêt des recherches entreprises dans les dix mille hectares de réserve nationale pour retrouver le corps de Kevin Canner, âgé de vingt-quatre ans, disparu depuis neuf jours du domicile familial, dans le sud de la Floride, alors qu'il était parti marcher dans les marécages.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Tammy et son petit ami Kevin entreprennent un road trip à travers les États-Unis, parfaitement conçu pour des photos, à la poursuite de la gloire sur les réseaux sociaux. Au début, le jeune couple ne compte que quelques centaines d'abonnés, parmi lesquels Roxanne, une fan inconditionnelle de la jeune influenceuse, en qui elle veut voir l'amie qui lui fait défaut dans sa vie. Mais lorsque le corps de Tammy est découvert dans la nature sauvage de l'Utah quelques semaines après le départ, tandis que Kevin reste introuvable, l'aventure prétendument parfaite vire au tragique et devient virale sur Internet.

Les théories les plus folies circulent, les médias s'emballent. Chacun élabore sa propre version de la vérité, et la réalité semble difficile à saisir. Sauf pour Roxanne, qui observait tout de très près, de plus près que quiconque.

Joyce Maynard s'est inspirée de plusieurs affaires criminelles américaines, dont celle de Gabby Petito, retentissante en 2021, pour écrire ce thriller court et percutant. Plaçant le lecteur au cœur d'un monde obsédé par la célébrité numérique, elle le surprend sans cesse tout au long de ce roman d'une ingéniosité remarquable.

Inflorescence

Inflorescence explore les difficultés de la transmission mère-fille au travers de quatre générations.

Du moment qu'elle avait ouvert la porte à Aloïse, Mademoiselle Suzie l'engloba totalement dans sa vie. Elle commença par une intense observation et une mise au point des travaux à entreprendre. La propreté allait devoir lui être enseignée, à tous les niveaux. Les cheveux finiraient par repousser et il serait dès lors possible de leur donner une forme. En attendant, l'usage de salive pour les aplatir devait être aboli. Avec une nourriture adéquate, elle se remplumerait rapidement. Contre toute attente, les dents n'étaient pas en piteux état, mais il fallait néanmoins veiller impérativement à leur hygiène. Et puis, il y avait sa démarche étrange. Mademoiselle Suzie n'avait pas encore réussi à déterminer quel était réellement le problème avec cette jambe.
Inflorescence de Raluca Antonescu
Un livre subtil et sensible où les poisons sont parfois bien enfouis et mettent plusieurs générations à instiller leur venin.

Histoires de femmes blessées en quête d’une guérison, mères de sang ou d’adoption

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Le gouffre
Jura, 1911
Elle coupa à travers bois et pressa le pas. Le plateau s'ouvrit brusquement et la lumière crue l'obligea à plisser les yeux. En baissant la tête, elle traversa un champ parsemé de touffes d'herbes jaunies. Agitées par le vent, elles lui firent penser à des crinières. Elle ralentit, essoufflée. Ce n'était plus très loin.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Jura, 1911. Une femme se désespère d’être à nouveau enceinte et se rend superstitieusement au lieu-dit Le Gouffre du diable pour implorer la fin de sa grossesse. À partir de ce lieu dont la terrifiante et réelle histoire nous est contée et de cette aïeule commune, le roman dresse quatre portraits de femmes ordinaires qui traversent de lourdes épreuves et dont les vies s’entrecroisent, et parfois se déchirent.

Le jardin, comme une trame, relie ces quatre destins. Plates-bandes ordonnées d’un lotissement Levitt ou serre en Argentine mais lieu-miroir qui n’appartient qu’à soi et qui permet la reconstruction.

Herbier du souvenir

En tombant sur cette suite du Roitelet dans une librairie, je me suis empressé de l’embarquer pour m’y plonger aussitôt.

Deux grandes passions illuminaient sa vie. La poésie, qu'il lisait avec intensité, et les oiseaux, dont il adorait la pure délicatesse, produisaient sur son cœur de vieil enfant leur effet de stupéfaction émer-veillée. On aurait dit que le spectacle de la beauté le convoquait entièrement, exigeait de sa part une présence proche de l'absolu, comme dans l'amour.
Herbier du souvenir de Jean-François Beauchemin
Pourtant, après quelques chapitres, je n’arrivais toujours pas à y retrouver la magie qui m’avait alors emporté. Comme si j’étais passé d’un coup du parfum léger des fleurs des champs à un pot de miel un poil trop sucré.

L’auteur a perdu son frère schizophrène voilà deux ans, il raconte le deuil plein d’une nostalgie heureuse, une tristesse pleine de l’amour pour le frère disparu

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Le soir où mon frère est mort de son inconsolable chagrin, les dernières feuilles se sont un peu inclinées et, dans les arbres, la communauté très tendre des oiseaux a interrompu son chant. Partout, la nature se recueillait, comme cela arrive chaque fois qu'une âme qui a été beaucoup aimée quitte le corps qui l'abritait.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Deux ans après la mort de son frère, qui souffrait de schizophrénie, un homme revisite leur histoire commune au fil de son quotidien. Grâce à l’amour de ses proches – sa femme Livia, leur vieux chat Lennon, la voisine madame Vermeulen –, grâce aussi à l’intarissable splendeur du monde, il réapprend doucement la joie. Son témoignage prend ici la forme d’un herbier, c’est-à-dire d’une collection de souvenirs semés puis recueillis dans la vaste vallée fleurie de sa mémoire, et destinés, comme dans les albums photos, à une certaine immortalité.

Le vampire

Cette nouvelle (un peu moyenne) tire principalement sa valeur de sa naissance. Elle fut écrite en juin 1816 dans la villa Diodati en présence de Lord Byron et Mary Shelley qui y écrivit Frankenstein ou le promethée moderne.

Éperdu, terrifié, il n'osa pas même lever les yeux autour de lui; mais, accélérant la marche de sa sœur, il s'élança dans sa voiture, et bientôt fut chez lui.
Le désespoir d'Aubrey alla dès lors frapper aux portes de la folie. Si, jusqu'alors, son esprit avait été absorbé par un seul objet, combien en devait-il être frappé plus profondément, à présent que la certitude que le monstre était encore vivant le poursuivait sans relâche. Il était devenu insensible aux tendres attentions de sa sœur et c'était en vain qu'elle le suppliait d'expliquer la cause du change-ment subit qui s'était opéré en lui. Il ne lui répondait que par quelques mots entrecoupés, et ce peu de mots toutefois suffisait pour porter la terreur dans l'âme de sa sœur.
Le vampire : les origines du mythe : seconde édition
de John William Polidori et (possiblement) Lord Byron, traduction de Henri Faber, revue et modernisée par Luc Deborde
Une nouvelle qui ravivera le personnage du vampire en le présentant sous les traits d’un séduisant jeune dandy énigmatique.

Un livre agrémenté de quelques illustrations et autres textes qui participèrent à l’essor de cette sanglante littérature

La femme chauve-souris par Albert Joseph Penot
La femme chauve-souris par Albert Joseph Penot

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
E In ce temps-là, parut au milieu des dissipations d'un hiver londonien, parmi les nombreuses assemblées que la mode y réunit à cette époque, un lord plus remarquable encore par ses singularités que par son rang. Son œil se promenait sur la gaieté générale qui régnait autour de lui avec une indifférence témoignant de son incapacité à la partager. On eût dit que le sourire gracieux de la beauté savait seul attirer son attention, et encore n'était-ce que pour le voir mourir sur les lèvres charmantes qui l'avaient porté, car son regard glaçait les cœurs d'un effroi secret, y faisant périr jusqu'à l'idée du plaisir qui y avait régné jusqu'alors.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
En matière d'histoires de vampire, on peut dire qu'il y a l'avant et l'après cette nouvelle inspirée par lord Byron et écrite par John Williams Polidori en 1819.
Avant, le vampire est un mythe peu populaire et assez vague, proche de celui des « zombis » et autres morts-vivants.
Après, le personnage prend la forme d'un dandy à la peau exsangue, immortel et séducteur, au charme sulfureux, s'intéressant surtout aux victimes féminines qu'il saigne d'une morsure à la gorge.
Cette réédition largement illustrée ressuscite le texte fondateur de la version moderne du vampire qu'il complète par les poèmes et nouvelles ayant inspiré Polidori. On y trouvera L'enterrement : un fragment et Les ténèbres de lord Byron, La Fiancée de Corinthe de Wolfgang Goethe et Le Vampire de John Stagg, dans des traductions inédites ou modernisées.
Un recueil incontournable pour les adeptes de fantastique !

Animan

Comment dire ? Un chef d’œuvre absolu ou une invraisemblable nullité ? Franchement, je ne sais pas vraiment. Pas plus que pour La fontaine de Marcel Duchamp, je ne saurais me positionner. Pour autant, je me suis bien marré !

Animan de Anouk Ricard

Et donc… N’est-ce pas là l’essentiel ?

Alors, fi de l’académisme et youpi pour l’audace et la fraîcheur ! Une bande dessinée pour retrouver l’âme et la légèreté de l’enfance

Incipit (et peut-être un petit peu plus si entente)
Qui est Animan
C'est un homme comme les autres.


4e de couv, résumé de l'éditeur ou trouvé ailleurs (pas de moi, donc)
Les histoires ne racontent pas seulement des enquêtes mais aussi la vie d’Animan, sa rencontre et ses combats avec son ennemi juré, Objecto. Le livre est ponctué de peintures, comme dans certains des albums précédents d'Anouk.